LOUBNA – « L’essentiel »

Loubna était avocate en Algérie. Une vie stable, heureuse. Jusqu’à ce que tout bascule suite à un « problème » dans son travail. Menacée, mais sans aucune protection de l’Etat, elle a dû partir dans l’urgence, disparaître, pour protéger sa vie et celle de sa fille : Quitter son pays. Son travail. Sa maison. Sa maman. Sa vie stable et heureuse… Fuir tout ce qui lui était pourtant si précieux.
Avec son mari et sa fille, c’est en France qu’ils ont trouvé refuge. C’était il y a trois ans.

Aujourd’hui maman de trois jeunes enfants, Loubna est encore sous le choc : « Jamais je ne pensais pouvoir vivre une situation comme celle-là. » Car malgré ses quelques économies ramenées d’Algérie, ici, Loubna manque de tout : « Parfois je ne mange rien de la journée. Vous me croyez ? » demande t-elle, la voix tremblante, remplie de détresse.
Sans-papiers, faute de « preuves » pour obtenir leur demande d’asile, Loubna et son mari tentent difficilement de survivre. Et la brutalité de ce changement de vie revient sans cesse à eux : «Des fois, en sortant de l’école, on passe devant la boulangerie avec ma fille… Elle me demande un croissant, mais moi je n’ai pas d’argent pour l’acheter. Je n’ai pas un euro ! Alors je change de chemin maintenant. Pour ne pas passer devant la boulangerie. Pour qu’elle ne sente pas l’odeur. »

A ce déracinement, et ce difficile apprentissage de la pauvreté, s’ajoute le deuil de sa mère, décédée soudainement, quelques mois après son départ. Un deuil dont elle a du mal à se remettre.

Mais malgré les difficultés, le temps fait son chemin, et comme dit Loubna : « Tout passe ». Après de longs mois d’errance, elle est maintenant hébergée dans un foyer, avec son mari et ses trois enfants. La maitresse de sa fille, et la directrice de l’école, l’ont aidé à faire les démarches auprès de la Mairie, du 115, de la Maison de la Veille Sociale. Avec douceur, elle raconte combien leur gentillesse la porte : « Certaines personnes m’aident beaucoup. Quand elles voient que j’ai pleuré, le matin, elles me demandent comment je vais… Elles me disent « Bon courage »… Elles me disent « Tu es forte »… Elles me donnent un sourire ! Ça me donne la force… Vraiment ! »
N’a t-elle pas raison Loubna ? Parfois, n’est-ce pas les mots les plus simples qui emplissent le cœur de courage, et donnent la force d’avancer ?

D’ailleurs, sa fille le lui a prouvé encore, récemment : « Un jour, ma fille de 6 ans m’a vu dans la cuisine en train de pleurer en cachette. Elle m’a demandé si c’était ma maman qui me manquait. Je lui ai dit que oui, qu’elle me manquait tellement… et elle m’a répondu : « C’est pas grave maman : Moi je suis avec toi, et papa aussi, et Gana, et Mohamed ! » Cela m’a tellement touché ! Elle a levé le noir de mes yeux… De mon cœur ! Quand je pense à ça, je me dis que j’ai perdu certaines choses, mais que j’ai gagné aussi beaucoup ! Finalement ces épreuves m’ont rapproché de ma famille. » Et Loubna continue : « Mes enfants ce sont mes yeux, mon cœur, mon espoir, ma vie. Et je suis aux côtés de mon mari, toujours. »

Lorsqu’elle passe devant le Tribunal, Loubna a toujours un pincement au cœur, en voyant les avocats, dehors, dans leur robe. Elle se souvient alors de sa carrière, et de sa robe, laissée dans un sac, elle ne sait pas très bien où. Son rêve serait de retravailler un jour dans ce domaine… Elle a d’ailleurs gardé avec elle sa carte professionnelle, et l’attestation qu’elle était avocate, en Algérie. Mais reste un long parcours administratif à suivre pour espérer pouvoir vivre et travailler dignement, ici en France.

« J’ai passé une période vraiment vraiment noire, mais maintenant le plus dur est passé. » dit-elle. « A notre façon, on dit toujours « Hamdoulillah » (« Merci mon Dieu »). Car l’essentiel c’est que mes enfants vont bien. L’essentiel c’est qu’on est une famille. L’essentiel c’est que ma fille, si elle a besoin de sa maman, je suis à côté d’elle. Si elle a besoin de son papa, il est à côté d’elle. C’est ça l’essentiel ! On partage tout. Moi et ma famille on partage tout. »

Et si aujourd’hui ils ont peu, pour Loubna, ce n’est pas grave. Puisqu’ils ont le partage.

Depuis 2017, Loubna se rend aux Restos du Coeur chaque semaine. Là-bas, elle trouve une aide alimentaire indispensable pour elle et sa famille.
« Aux Restos du Coeur, ils sont gentils. Ils ont toujours le sourire. Ils rigolent avec tout le monde. Ils te donnent toujours l’espoir ! » dit-elle.

Pour en savoir plus sur l’action de cette association:

www.restosducoeur.org