JACQUELINE – « Ça se fait toujours les comptines ? »

Jacqueline a 95 ans. Elle est seule. Et l’a toujours été. Pas de mari, pas d’enfant, pas de famille pour l’accompagner. Mais vivre seule à cet âge, est-ce vraiment vivre ? N’est-ce pas seulement attendre ?
Car Jacqueline est fatiguée, lasse et en colère contre cette société qui l’abandonne dans la misère de l’isolement et de la dépendance. Ses tout petits yeux brillants cachent un regard noir sur le monde : Elle n’en peut plus. Rien de ce qu’elle vit n’est supportable.

Pourtant quelque chose en elle s’accroche encore à la vie. Et elle résiste, malgré le triste chaos qui règne autour d’elle, dans son petit appartement délabré.

Et dans ses beaux jours, Jacqueline s’ouvre à un peu de douceur… Lui caresser la main. Se laisser toucher par sa foi. L’entendre raconter ses expériences de jeunesse. La deviner, fière et émue de se souvenir, encore.
Oui, Jacqueline se souvient encore du nom de ses élèves, lorsqu’elle enseignait à l’école Jésuite, il y a plus de 70 ans. Elle se souvient du caractère de l’un, des blagues et des bêtises de l’autre, de la maladie de sa mère, ou de l’accoutrement simple d’un papa… Et dans sa grande détresse, elle continue de poser un regard d’Amour sur chacun. Est-ce cela qui la tient encore à la vie ?

Lors d’une de mes visites où elle me devine sûrement un peu triste, elle me conseille de chanter, pour évacuer le stress, la déprime ou les soucis :
« Chantez des chansons ! N’importe lesquelles ! Même avec vos enfants… des comptines… ça se fait toujours les comptines non ? Et bien chantez de temps en temps pendant la journée ! Cela vous fera du bien, vous verrez ! ».

Les jours suivants cette visite, je suis retournée la voir, mais elle n’était pas vraiment la même. C’est comme si elle s’était enfin ouverte à autre chose que sa souffrance et sa solitude. Comme si la rancoeur et l’épuisement, profondément ancrés en elle, s’étaient momentanément effacés, pour laisser place à autre chose de plus beau… de plus grand. Il y avait cette lumière nouvelle dans son regard.

Un simple partage et Jacqueline avait regoûté au sens de son existence. Elle avait retrouvé sa dignité perdue.


« En France, 900 000 personnes âgées de 60 ans et plus sont isolées de leur famille et de leurs amis. Parmi elles, 300 000 sont dans un isolement extrême et ne rencontrent quasiment jamais ou très rarement d’autres personnes. »

Source : Les Petits Frères des Pauvres

Pour soutenir cette association qui offre une présence aux personnes âgées en situation d’isolement et de précarité :

https://www.petitsfreresdespauvres.fr/

Logo_PFP_2019

HADI – « La force d’avancer »

Il s’appelle Hadi, comme son grand-père.

Vous pouvez aussi l’appeler « Papa », comme cela se fait en Guinée, par respect pour les aînés qui ont porté le même nom.

Hadi est un jeune Guinéen de 25 ans, déterminé à combattre l’injustice. A porter la parole des plus démunis. Un jour viendra, peut-être, où il pourra rentrer au pays et défendre à nouveau ses convictions là-bas. Mais pour l’instant, il suit la longue procédure des demandeurs d’asile en France. Et il attend ses papiers depuis deux ans déjà.

Hadi vient d’une famille Guinéenne aisée. Il est diplômé des Sciences Politiques en Guinée. Pourtant, arrivé en France, il dort quatre nuits dehors, avant d’être hébergé pendant presque deux ans dans un squat sale, aux conditions de vie indignes et inhumaines.

Mais Hadi ne baisse pas les bras. Il sait que tout cela est temporaire. Que ça n’est pas le matériel qui compte.

Malgré les difficultés, il arrive à s’entourer de bonnes personnes, et à poursuivre ses études. Il fournit le double d’efforts, et valide sa licence et le certificat d’études politiques à l’international à Science-Po Lyon. Bien sûr, il y a les nuits trop courtes qu’il passe dans ce squat surpeuplé, et son père qui lui manque tant, mais son désir de porter la parole des plus faibles lui donne toujours la force d’avancer.

Alors Hadi s’engage à être l’un des référents de ce squat de migrants. Il devient rapidement référent central pour faire vivre ce lieu d’accueil du mieux que possible. Dans toutes les négociations, il est en lien avec la Métropole de Lyon, la Préfecture, la Mairie. Et il se considère chanceux d’être assis à la même table que ces dirigeants. Pourtant, n’est-ce pas eux qui ont la chance de croiser son chemin ? Car malgré la précarité de sa situation, Hadi est un homme brillant et inspirant. Il sait où il va.

« Mon objectif, c’est de travailler un jour dans une organisation humanitaire, ou dans une grande institution internationale, comme l’UNESCO, le programme des Nations Unies pour le Développement, ou pour les réfugiés. » confie-t-il. Et Hadi fera tout pour cela. Car pour lui, « si on a emprunté un mauvais chemin dans la vie, il y a toujours un plan B, et si le plan B ne marche pas, il y a un plan C… et ça ne finit jamais en fait ! »

Cette force, Hadi la tient de sa famille. De son père particulièrement. Mais aussi de tous ceux qui l’ont soutenu, et qui continuent aujourd’hui de l’aider quand c’est difficile. Hadi a une immense reconnaissance pour chacun d’eux : L’homme qui lui a ouvert sa porte, ce soir d’hiver où il dormait à la rue… Cette autre personne qui lui a proposé un matelas dans ce collège désaffecté… Cette dame qui lui a ouvert les portes de l’Université… Cette responsable de Science-Po qui le conseille quand il est démotivé… Ou ces camarades de classe qui lui partagent les cours, quand le prof est allé trop vite… Et la liste est longue. Car pour Hadi, il n’y a pas de petite reconnaissance. Pas de petit service.

Grâce à chacun, il est ici à sa place : Il a une copine. Des amis de différents horizons. Et il partage avec eux ses joies, ses peines, et parfois des parties de foot.

« J’aime le football. En regardant les matchs, j’oublie les problèmes du monde entier » confie-t-il comme s’il avouait un péché mignon.

Hadi cuisine aussi souvent. Cela le rend tellement heureux ! « Les hommes en Guinée ne cuisinent presque pas, alors j’ai appris tout seul ici ! A chaque fois que je fais mes sauces, le Mafé, je suis fier de moi, je goûte, je rigole et je me dis  »Yes, j’y suis arrivé ! » ». Son rire, discret mais sincère, est communicatif.

Plus sérieux, il ajoute, comme pour conclure : « On ne doit jamais baisser les bras parce que son projet a échoué, ou parce qu’on dort dehors, ou parce qu’on est en prison. Il faut toujours avoir confiance en soi. Il faut toujours espérer. »

Car pour Hadi, chacun mérite sa place. C’est son combat. C’est sa vie.

Hadi remercie le « Collectif Soutiens Migrants Croix-Rousse », qui s’est engagé aux côtés des habitants du Squat Collège Maurice Scève jusqu’à sa fermeture (expulsion) en septembre 2020.

Après presque deux ans de vie dans ce squat, Hadi est aujourd’hui hébergé par l’association Hospitalité d’Abraham dans un appartement à la périphérie de Lyon.

Le Collectif continue aujourd’hui son action auprès des migrants de la Métropole.

Pour en savoir plus sur ce collectif :

https://collegemauricesceve.org

https://m.facebook.com/CollegeMauriceSceve/