RASHA – « Pour aimer cette vie »

Savez-vous ce qu’est la gratitude ?
Moi, je croyais savoir… Et puis j’ai rencontré Rasha.

Rasha n’a pas hésité une seconde pour me partager son histoire. Sans doute, sentait-elle que son témoignage pourrait faire sens à ceux qui le liraient ? Mais savait-elle à quel point elle toucherait mon cœur ?

Rasha vit à Lille, avec son mari et ses deux enfants. Ils sont arrivés là il y a 6 ans, fuyant leur pays, l’Irak, où ils étaient en danger. En danger… mais pourquoi ? Et bien un groupe terroriste les menaçait parce qu’ils sont chrétiens. Je ne vous cache pas que cette réponse est lourde à écrire tant elle est dénuée de sens.

Il faut dire que Rasha a 36 ans et que dans son pays, elle n’a jamais vécu en paix. Alors, au début, elle a vu cette menace de loin, à la télévision, sans en prendre vraiment la mesure. Et puis, un jour, tout s’est accéléré. Les terroristes approchaient. Il y avait des bombes. Il a fallu décider vite. Avec son mari, ils savaient que s’ils restaient, ils devraient se convertir à l’Islam. C’était ça ou mourir. « En tant que chrétien, on est pas mieux que les autres. J’ai des amis musulmans. Mais je ne peux pas changer ma religion ! J’aime ce que je suis ! » livre Rasha, avec la force de la douceur.

Avec son mari, leur fille de 4 ans, et enceinte de 8 mois, ils doivent alors tout quitter du jour au lendemain. Fuir, comme tant d’autres autour d’eux… Deux heures de route, se transformant en 16 longues heures de fatigue et d’angoisse … 16 heures pour trouver refuge dans une petite ville encore préservée par la violence, et vivre, plusieurs mois, dans une maison en chantier, partagée avec dix autres membres de leur famille. Rasha, institutrice, est la seule à pouvoir retravailler. Les autres adultes de sa famille n’ont aucun revenu. Alors, Rasha partage les siens avec sa famille élargie et ses voisins dans le besoin : « Là bas il n’y a pas de riches ou de pauvres. Tout le monde s’entraide. Les voisins c’est important pour nous, c’est comme la famille ! » se souvient Rasha, avec émotion.

Mais Rasha et son mari savent que Daesh n’est pas loin, et la peur ne les quitte pas. Pour protéger leurs enfants, ils décident finalement de se rendre au Consulat, pour faire une demande d’asile à la France, et tenter de fuir le pays au plus vite. Malgré la difficulté de cette procédure, et le nombre croissant de dossiers en attente, ils ont la chance d’être choisis, et ils obtiennent un visa pour la France. En quelques mois, grâce à l’aide d’une association, ils sont accueillis à Lille, avec leur deux enfants.

Malgré l’épreuve de ce déracinement soudain, Rasha relativise : « Quand on est venu, on avait vraiment trop de chance. On est arrivé en avion ! » Rasha pense à ceux qui sont morts, en traversant la mer en bateau… certains de ses amis… Et aux 200 chrétiens de sa ville, qui ont fait le choix de rester, morts aujourd’hui.

A leur arrivée, Rasha et sa famille sont accueillis par un couple de retraités, qui les héberge pendant plusieurs semaines. Ils ne se connaissent pas, et ne se sont jamais vus, mais pourtant, avec eux, ils se sentent entourés et aimés. Ils ne sont pas seuls. Grâce à leur aide, et au soutien de l’association dans laquelle ils sont engagés, ils trouvent un hébergement dans un petit logement de la mairie et prennent des cours de français.

Le mari de Rasha, carreleur en Irak, trouve rapidement un travail, et à force de persévérance, il signe un CDI, en tant qu’agent technique à la mairie. Mais pour Rasha, les débuts sont plus difficiles : « Je pensais toujours à mon travail que j’aimais en Irak. J’avais un travail, fruit de mes études ! Ce n’est pas facile de recommencer à zéro ! Et puis la famille et les amis me manquaient, et je n’arrivais pas à m’exprimer, à faire ce que j’avais envie de faire ! Mais quand on accepte pas, on n’avance pas en fait. La tête bloque.» Cette période compliquée a duré deux ans. Et puis, quelque chose s’est débloqué dans la tête de Rasha.

Car avec le temps, la lumière qui la porte s’est mise a briller, pleinement : « Avec mon mari, on priait pour les gens qui nous ont fait du mal. On leur pardonnait. » raconte t-elle. « Je me sens très soutenue par la prière. »

Aujourd’hui, après 9 mois de cours de français, son permis de conduire en poche, et son CAP Petite Enfance, Rasha a retrouvé un travail. Elle est ATSEM dans une école, et cette proximité avec les enfants la rend heureuse ! C’est que Rasha aime être au contact des autres : Partager avec ses voisins, comme elle le faisait avant dans son pays. S’occuper d’une dame âgée, sans rien attendre en retour. Ou rêver d’ouvrir, à l’avenir, une maison pour accueillir des enfants handicapés. Finalement être sociable lui donne des ailes : « Quand je ne suis pas bien, je ne reste pas chez moi. Je sors avec mes enfants. Je sors et après j’oublie. Il faut toujours se lever pour avancer. »

Si tout n’est pas rose, Rasha ne pense pas à se plaindre. Au contraire. « En France je me sens vraiment très bien. Ici on a notre vie, notre appartement, notre travail… Ça aide aussi pour aimer cette vie ! Et maintenant on a beaucoup d’amis. Je vis des choses simples et on est heureux !…Et puis je ne cherche jamais à être riche… Même si on a pas beaucoup ! Le plus important c’est de profiter de ce que l’on a. » partage t-elle, avec simplicité.

Parfois, en voyant la mentalité en France, Rasha se questionne : « Il y a des gens ici qui ont tout et qui ne sont pas bien. » Elle pense à ses enfants, à qui elle apprend l’importance de l’effort, du travail, de la volonté. Elle pense à sa fille de 10 ans, qui avait honte, avant, de son accent à l’école, mais qui est fière maintenant de connaître deux langues. Elle a même trouvé la force de témoigner de son histoire devant toute sa classe, de leur raconter à tous, pourquoi elle est venue. Rasha sait combien cette parole est richesse pour chacun. C’est pour cela aussi qu’elle me parle aujourd’hui.

Au fond, sa lumière, si positive et sincère, peut rayonner, au fond de tous les coeurs. « Avant je n’arrivais pas à témoigner. Mais maintenant, dans ma tête, j’ai accepté les choses. » ajoute t-elle.
Et en pesant ses mots et l’histoire qui la précède, Rasha conclut, dans un sourire aussi bouleversant que communicatif : « J’ai beaucoup de gratitude ! »

Rasha tient à remercier l’accueil, la générosité, et le soutien apporté par l’association Accueil Fraternité. « Grâce à cette association, j’ai pu prendre des cours de français, passer mon permis de conduire, mon CAP, faire des choses essentielles pour trouver un travail… Toutes les démarches jusqu’à ce qu’on soit autonomes. » Et bien au delà de ce soutien logistique, le lien qu’ils ont tissé avec le couple qui les a accueilli est si fort aujourd’hui que les enfants de Rasha sont tous les mardis chez eux, et les considèrent comme leurs grands-parents. « Je leur dis « vous n’êtes pas obligés » » témoigne Rasha. « Mais c’est une vraie famille ! Un vrai Amour ! »

LOUBNA – « L’essentiel »

Loubna était avocate en Algérie. Une vie stable, heureuse. Jusqu’à ce que tout bascule suite à un « problème » dans son travail. Menacée, mais sans aucune protection de l’Etat, elle a dû partir dans l’urgence, disparaître, pour protéger sa vie et celle de sa fille : Quitter son pays. Son travail. Sa maison. Sa maman. Sa vie stable et heureuse… Fuir tout ce qui lui était pourtant si précieux.
Avec son mari et sa fille, c’est en France qu’ils ont trouvé refuge. C’était il y a trois ans.

Aujourd’hui maman de trois jeunes enfants, Loubna est encore sous le choc : « Jamais je ne pensais pouvoir vivre une situation comme celle-là. » Car malgré ses quelques économies ramenées d’Algérie, ici, Loubna manque de tout : « Parfois je ne mange rien de la journée. Vous me croyez ? » demande t-elle, la voix tremblante, remplie de détresse.
Sans-papiers, faute de « preuves » pour obtenir leur demande d’asile, Loubna et son mari tentent difficilement de survivre. Et la brutalité de ce changement de vie revient sans cesse à eux : «Des fois, en sortant de l’école, on passe devant la boulangerie avec ma fille… Elle me demande un croissant, mais moi je n’ai pas d’argent pour l’acheter. Je n’ai pas un euro ! Alors je change de chemin maintenant. Pour ne pas passer devant la boulangerie. Pour qu’elle ne sente pas l’odeur. »

A ce déracinement, et ce difficile apprentissage de la pauvreté, s’ajoute le deuil de sa mère, décédée soudainement, quelques mois après son départ. Un deuil dont elle a du mal à se remettre.

Mais malgré les difficultés, le temps fait son chemin, et comme dit Loubna : « Tout passe ». Après de longs mois d’errance, elle est maintenant hébergée dans un foyer, avec son mari et ses trois enfants. La maitresse de sa fille, et la directrice de l’école, l’ont aidé à faire les démarches auprès de la Mairie, du 115, de la Maison de la Veille Sociale. Avec douceur, elle raconte combien leur gentillesse la porte : « Certaines personnes m’aident beaucoup. Quand elles voient que j’ai pleuré, le matin, elles me demandent comment je vais… Elles me disent « Bon courage »… Elles me disent « Tu es forte »… Elles me donnent un sourire ! Ça me donne la force… Vraiment ! »
N’a t-elle pas raison Loubna ? Parfois, n’est-ce pas les mots les plus simples qui emplissent le cœur de courage, et donnent la force d’avancer ?

D’ailleurs, sa fille le lui a prouvé encore, récemment : « Un jour, ma fille de 6 ans m’a vu dans la cuisine en train de pleurer en cachette. Elle m’a demandé si c’était ma maman qui me manquait. Je lui ai dit que oui, qu’elle me manquait tellement… et elle m’a répondu : « C’est pas grave maman : Moi je suis avec toi, et papa aussi, et Gana, et Mohamed ! » Cela m’a tellement touché ! Elle a levé le noir de mes yeux… De mon cœur ! Quand je pense à ça, je me dis que j’ai perdu certaines choses, mais que j’ai gagné aussi beaucoup ! Finalement ces épreuves m’ont rapproché de ma famille. » Et Loubna continue : « Mes enfants ce sont mes yeux, mon cœur, mon espoir, ma vie. Et je suis aux côtés de mon mari, toujours. »

Lorsqu’elle passe devant le Tribunal, Loubna a toujours un pincement au cœur, en voyant les avocats, dehors, dans leur robe. Elle se souvient alors de sa carrière, et de sa robe, laissée dans un sac, elle ne sait pas très bien où. Son rêve serait de retravailler un jour dans ce domaine… Elle a d’ailleurs gardé avec elle sa carte professionnelle, et l’attestation qu’elle était avocate, en Algérie. Mais reste un long parcours administratif à suivre pour espérer pouvoir vivre et travailler dignement, ici en France.

« J’ai passé une période vraiment vraiment noire, mais maintenant le plus dur est passé. » dit-elle. « A notre façon, on dit toujours « Hamdoulillah » (« Merci mon Dieu »). Car l’essentiel c’est que mes enfants vont bien. L’essentiel c’est qu’on est une famille. L’essentiel c’est que ma fille, si elle a besoin de sa maman, je suis à côté d’elle. Si elle a besoin de son papa, il est à côté d’elle. C’est ça l’essentiel ! On partage tout. Moi et ma famille on partage tout. »

Et si aujourd’hui ils ont peu, pour Loubna, ce n’est pas grave. Puisqu’ils ont le partage.

Depuis 2017, Loubna se rend aux Restos du Coeur chaque semaine. Là-bas, elle trouve une aide alimentaire indispensable pour elle et sa famille.
« Aux Restos du Coeur, ils sont gentils. Ils ont toujours le sourire. Ils rigolent avec tout le monde. Ils te donnent toujours l’espoir ! » dit-elle.

Pour en savoir plus sur l’action de cette association:

www.restosducoeur.org

MOHAMED – « Ma force, c’est l’avenir. »

Mohamed… Il y a ce qu’il a vécu, et l’expérience qu’il en retire : Sa manière de penser le monde aujourd’hui, du haut de ses 20 ans à peine… 20 ans, et déjà tant d’épreuves, qu’aucun roman d’aventures, qu’aucun drame, ne pourrait raconter, car ce qui s’est vécu là est quelque chose de si intime, de si grave, de si profondément lié à l’humanité… Aucun mot ne semble suffisant pour dire tout cela.

Pourtant, des mots, Mohamed en met si bien sur sa vie, son histoire, sur les questions qu’il se pose aujourd’hui, et ses fortes convictions, nées de sa fragilité. Car Mohamed a quitté seul son pays, la Côte d’Ivoire, pour suivre un rêve : vivre en France. Et ce qu’il a traversé, ce n’est pas seulement le désert, la violence, la faim, la peur, la mort de ses compagnons de voyage, c’est lui-même, c’est le monde, c’est l’homme tout entier. Dans ce qu’il a de bon. Dans le pire aussi.

Il est troublant de voir qu’à son âge, tout cela est si présent. Car c’est un philosophe Mohamed. Alors il doute. Est-ce que tout cela valait vraiment la peine ?
« On vient en France… On dépense nos vies… Nos vies entières ! Quand on perd certaines choses, on ne peut plus les rattraper : La dignité… La valeur… » Mais malgré tout, Mohamed est heureux d’avoir compris tout cela. De savoir que le monde n’est pas ce qu’il croyait. Qu’il n’a suivi qu’une illusion, un mensonge. Il le sait maintenant.

Après une période à la rue, puis hébergé un temps à l’hôtel par la Métropole de Lyon, Apprentis d’Auteuil l’a accueilli, il y a deux ans maintenant, au sein d’un de ses foyers : « Ici je me sens soutenu, accompagné. » raconte t-il. « Une fois, je suis allé à Paris pour une réunion d’Apprentis d’Auteuil. Il y avait des gens hauts placés, des personnalités. Il y avait beaucoup de personnes pour réfléchir à des solutions pour les jeunes, les résidences… Et c’est mon idée qu’ils ont retenu et mis en avant ! Ca m’a fait du bien. J’ai compris que je n’étais pas… que je n’étais pas… un moins que rien… un minable… J’ai compris que je pouvais apporter quelque chose. »

Aujourd’hui, Mohamed suit des études en maintenance des équipements industriels, un bac pro. C’est un jeune garçon travailleur et motivé, qui a déjà prouvé à ses patrons en stage ses capacités et son sérieux. Pourtant, rien de tout cela n’a suffit pour lui permettre d’obtenir son titre de séjour. Alors pour Mohamed c’est l’incompréhension, l’injustice, et le découragement parfois.

Mais lui qui a risqué plusieurs fois sa vie pour aider les autres, lors de sa longue traversée pour venir en France… leur trouver à manger lorsqu’ils étaient en prison, en Libye… les vêtir de ses propres habits… il a décidé de ne pas s’arrêter là… « Je me dis que je ne dois pas baisser les bras : Pour les enfants qui souffrent. Pour ceux qui sont dans la misère. (…) La souffrance que j’ai vécu m’a permis de comprendre la douleur des autres… Et cette émotion me mène à dire que je vais changer les choses. Si je ne me dis pas cela, je me trahis moi-même. »

Mohamed aime aussi dessiner. Il s’invente des lieux, qu’il croque avec un crayon ou un stylo bic : Une île, des bateaux, un supermarché… Il est fier de ses dessins. C’est bon de le voir sourire !

Une île, dessinée par Mohamed

Pour se changer les idées, il aime aussi inviter ses amis pour un repas, lorsqu’il a un peu d’argent… faire des blagues, rigoler avec eux… Ils sont parfois étonnés de sa manière de voir les choses, de ses certitudes, de sa façon de croire ou de parler…

Mais il répond : « Quand je vois mon parcours ! J’ai traversé la Méditerranée ! J’ai fait 4 jours dans la mer ! Les vagues qui étaient là… Dans un petit bateau… Sans nourriture… Je ne suis pas mort ! J’ai traversé tellement de choses, que je me dis « C’est possible : Tout est possible ! »

D’où lui vient donc cette force à Mohamed ?
« Ma force, c’est l’avenir. Quand je vois le soleil qui se couche, je me dis « Demain le soleil va se lever et va se coucher. Comme ma vie peut se lever et se coucher ! »

Un jeune homme hors du commun Mohamed ? Et une de ces personnalités extraordinaires, qui d’un cœur pur et généreux, veut changer le monde, et le rendre meilleur.

A propos d’Apprentis d’Auteuil :

Fondation catholique reconnue d’utilité publique, acteur engagé de la prévention et de la protection de l’enfance, Apprentis d’Auteuil développe en France et à l’international des programmes d’accueil, d’éducation, de formation et d’insertion pour redonner aux jeunes et aux familles fragilisés ce qui leur manque le plus : la confiance.

Apprentis d’Auteuil accompagne plus de 30 000 jeunes et familles dans près de 240 établissements. Ces jeunes lui sont confiés par leur famille ou par l’Aide sociale à l’enfance. La fondation dispense 77 formations professionnelles dans 12 filières.

A l’international, Apprentis d’Auteuil a choisi d’agir en partenariat. La fondation mène des actions dans plus de 32 pays aux côtés de ses 70 partenaires locaux. Chaque année, 25 000 jeunes et familles dans le monde bénéficient de ces programmes.

http://www.apprentis-auteuil.org

Vous souhaitez en savoir plus sur Mohamed ?
Voici quelques extraits choisis de son entretien :

Comment te présenterais-tu ?

Avant, quand j’étais dans mon pays, il y a beaucoup de choses que je ne savais pas. Mais avec tout ce que j’ai traversé, je me suis posé plein de questions. J’ai essayé de comprendre. Ça m’a beaucoup touché.

Si tu ne vis pas ça, tu ne peux pas le croire. Tu te dis « ça n’est pas possible »… Le racisme, comment les gens utilisent les gens, comment certains sont plus privilégiés par rapport à d’autres… Toutes ces choses me font mal. Je me dis que ce n’est pas normal.

Après, quand je prends un peu de hauteur, je regarde un peu l’Histoire, ce qui s’est passé avant pour qu’on en soit là aujourd’hui… Je me dis « Qu’est ce qui est arrivé pour qu’on pense comme ça aujourd’hui ? » J’essaye de comprendre ce qu’on m’a dit quand j’étais petit… Et je vois que ça ne colle pas : Je me sens comme si on m’avait menti.

On est venu en France en se disant « la France c’est beau. » On se dit que chez nous c’est de la merde, qu’il faut forcément venir en Europe pour devenir quelqu’un de meilleur. Et cette idée-là nous pousse à venir ici. Alors on vient en France, et arrivés là on voit comment on nous maltraite. On dépense nos vies, nos vies entières, et on voit que ça ne vaut pas la peine.

Mais quand je dis aux gens en Côte d’Ivoire que ce n’est pas facile ici, ils ne me croient pas. Ils croient qu’on ment. Parce que la télé montre la Tour Eiffel, les Champs-Élysées, les belles voitures, les belles maisons, et on est attiré par ça. Et puis quand on vient on se fait humilier, agresser. Il y a des choses quand on les perd, on ne peut plus les rattraper… La dignité… La valeur… Tout ce qui nous permet d’être en paix.

Et en même temps, je suis heureux de pouvoir comprendre tout ça. Si j’étais resté en Côte d’Ivoire, je n’aurais pas compris. J’ai subi, mais je comprends mieux maintenant. La difficulté m’a permis de comprendre.

J’ai connu la faim. Alors maintenant, quand quelqu’un me dit « Je n’ai rien mangé », automatiquement je ressens ce qu’il ressent, même si moi j’ai mangé. Et ça me donne envie de l’aider. C’est cette souffrance qui m’a aidé à comprendre.

J’ai dormi dehors… Alors quand je vois les gens qui dorment dehors, ça me touche. Je me dis « Si j’avais le courage de changer ça ! » … Parce que je sais ce que ça fait !

La souffrance que j’ai vécu dans ma vie, m’a permis de comprendre la souffrance des autres, et ça c’est positif. C’est cette émotion, que je ressens tout le temps, qui me mène à dire que je vais changer les choses. Si je me dis pas ça dans ma tête, je me trahis moi-même.

Comment veux-tu changer les choses ?

Je veux changer les choses en sensibilisant les gens à ce qu’ils ne comprennent pas !
C’est possible de changer, si on nous dit la vérité sur la vie, sur les choses, si on est conscient. Si on ne nous dit pas « ça va aller ! » « Tu es protégé ! » « La vie est belle ! » … « Les voitures, les voyages, les vêtements, la mode… » Et on grandit avec ça, on respecte rien. Après je comprends pourquoi on souffre !

Tout ce que tu entends à la télé, à la radio, tout ceux qui parlent sans comprendre la vie… peut-être parce qu’ils ont des diplômes… mais ils critiquent, ils disent des choses qu’ils ne connaissent pas de la vie. Et nous qui avons traversé tout ça, on a connu la souffrance… Tu te dis « il faut que ça change ».
Mais qui va changer ? Est-ce que c’est lui ? Est-ce que c’est moi ?
Au fond c’est nous qui devons changer. C’est pas ceux qui ont le pouvoir, ceux qui parlent mal… Eux ils vont pas changer. Mais nous qui subissons, nous on va changer !

Je veux aider les gens, à ne pas subir ce que moi j’ai subi.

Ce qui me ferait plaisir, c’est que les gens qui pleurent aujourd’hui, qu’ils rigolent demain. Les gens qui n’ont pas à manger aujourd’hui, qu’ils aient à manger. Des gens qui se disaient « la vie n’est rien », qu’ils se disent « on veut vivre, longtemps ». Les gens qui disaient « on a pas de valeur », qu’ils se disent « on a de la valeur ».

Il y a des gens, une fois qu’ils en sortent de la galère, ils oublient tout. Ils se disent « Les autres, c’est pas mon problème. » Moi non. Demain tu sors de la galère, tu penses à ceux qui sont dans la galère. Toi seul tu peux pas changer le monde, mais ensemble, on peut changer beaucoup de choses. C’est de ça que j’ai envie moi : changer les choses.

C’est possible en se donnant la main, en travaillant, en croyant en nous-mêmes, en s’acceptant tel qu’on est. Alors on pourra avancer. Devenir nous-mêmes. Être fier de nous. On peut réussir. N’importe qui peut réussir. C’est le chemin qu’on se donne, le combat qu’on veut mener. On s’appuie sur ça.
Il faut garder la foi en soi. Comprendre qu’il y a un Dieu qui est là, qui veille sur nous, qui nous protège. Et tout ce qu’on veut faire, tant que c’est pas faire du mal aux autres, c’est possible.

Veux-tu dire quelque chose de ton voyage entre la Côte d’Ivoire et la France ?

On m’a amené dans le désert, déposé là. Des gens sont venus vers nous, en nous demandant de l’eau. Ils nous ont dit « ça fait deux semaines qu’on est là, on a rien à manger». Ils étaient tout maigres… Je me suis allongé pour réfléchir, et j’ai gardé l’espoir. Jusqu’à ce qu’ils viennent nous prendre. C’était compliqué. Le soleil qui nous tape. Ca faisait mal comme si on allait exploser. Et là tu tiens le coup, tu te dis « t’inquiète pas Mo, c’est possible. » Et une fois que tu quittes le désert, on te met en prison. On te tape avec des battons. On te donne pas à manger. Tu vois des gens qui meurent. Qui deviennent tout maigres. Et ça te fait réfléchir : pourquoi l’homme est comme ça envers l’homme ? On est tous des humains ! Pourquoi un homme peut maltraiter un autre être humain ? … A cause de l’argent ! Et c’est là que j’ai vu l’importance de l’argent.

Homme seul dans le dėsert, qui réfléchit à sa vie – Dessin de Mohamed

J’ai risqué ma vie plusieurs fois pour des gens, pour qu’ils aient à manger. Parce qu’on était dans un endroit comme une prison, et il fallait quelqu’un pour aller chercher à manger. [En Libye]. C’était compliqué. Il y avait la guerre. Moi plusieurs fois j’ai risqué ma vie. Une fois on m’a attrapé. On m’a même tapé avec un pistolet à la nuque. J’étais blessé mais c’est passé. Jusqu’à un moment où j’en ai eu marre, je voulais sortir. J’ai dit « je veux partir », et les gens ont pleuré ils ont dit « si tu pars comment on va faire ? Comment on va manger ? » Avant on se connaissait pas, mais c’est moi qui faisait des efforts pour leur amener à manger… j’ai compris que dans leur tête j’étais responsable d’eux. Ils avaient leur espoir en moi. Et moi je suis parti. Il y avait des femmes qui se sont mises à pleurer. « Comment on fait nous ? » Ça m’a touché. Mais après un moment je suis parti. Et après il y a d’autres gens qui sont partis. On m’a cité des noms de gens qui sont mort. Et moi je me suis dit « c’est moi qui ai fait qu’ils sont morts. Si j’étais pas parti ils ne seraient pas morts. » Des fois je peux pas dormir, ça tourne dans ma tête. Mais j’ai fait ce que je pouvais faire. Et il est arrivé ce qui est arrivé .

Quand j’étais là-bas, souvent les gens n’avaient pas de vêtements à porter. Ils me suppliaient et moi je leur ai donné tous mes vêtements. Et quand je leur ai donné à manger, j’ai vu comment ils étaient contents, ça m’a beaucoup touché.

Quand j’ai traversé la Méditerranée, j’ai vu des femmes, ça m’a beaucoup choqué. J’ai vu la mer, ça m’a choqué. On a eu de la chance de passer. Mais y en a qui ont pas eu la chance. Nous on est partis. Et quand tu vois la mer… Quand tu vois comment tu es minuscule dans la mer, tout petit, tu te dis comment ça se fait ?

Quelqu’un qui lit un livre et quelqu’un qui voit, ils n’ont pas la même compréhension. Et les vagues qui nous amenaient à gauche à droite, les vagues qui allaient nous faire tomber… Il y avait des bébés parmi nous, on est resté là toute la nuit. Le vent là-bas c’est pas pareil. Le ciel là-bas c’est pas pareil. Les étoiles là-bas c’est pas pareil. Tu te dis : « Peut-être il y a deux mondes ? »
Il y a une beauté qui effraie… Qui fait peur… Qui n’a rien à voir avec ce qu’on voit ici. Ça te fait réfléchir, beaucoup. Tu te dis « d’où vient cette force ? »

Le bateau il était percé, on a eu peur, les gens ils ont commencé à pleurer. On s’est dit c’est la fin pour nous. On était là, le vent, la nuit a commencé à venir. On était là, on attendait juste que la mort nous prenne. On s’est dit « La vie humaine n’est pas grand chose ». Tu te dis à ce moment là, « Qu’est ce qui t’a poussé ? Pourquoi tu as fait ça ? Pourquoi tu es venu ? Il fallait rester chez toi, ça vaut pas la peine ! » Les gens étaient paniqués. Puis à un moment donné, miracle… on a vu un gros bateau qui venait. Et il est venu nous chercher ! Et quand on est monté sur le grand bateau, et qu’on a vu la mer, et le petit bateau dans lequel on était… tu te dis « C’est pas normal. Comment a-t-on pu penser à risquer sa vie comme ça ? » Tu te rends compte du danger.

Au fur et à mesure, tu traverses ça, tu arrives en Italie, tu te dis ça y est, c’est finit. La souffrance est terminée. Tu vas être bien. Tu voyais l’Italie à la télé, c’est bien beau. En fait tu te trompes. Les gens te regardent bizarrement parce que tu as la peau noire. Tu commences à comprendre que tu es différent des autres. Les gens te regardent comme si tu n’étais pas normal. Y en a qui me prenaient en photo. Y en a ils sont racistes, ils aiment pas les noirs. Je me demande pourquoi ils aiment pas les noirs… Quand j’étais en Libye, les arabes n’aimaient pas les noirs. Je me dis pourquoi ils n’aiment pas les noirs. Qu’est ce que les noirs ont fait ?

Après je suis venu à Lyon, on a dormi dehors. Mais moi j’arrivais pas à dormir. J’étais là à réfléchir. On est allé à la mosquée. On nous a chassé. On nous a dit « c’est pas possible de dormir à la Mosquée ». Il fallait partir. C’est là que j’ai compris : Que les Musulmans te disent tu peux pas rester à la Mosquée, c’est chaud.
C’est là que j’ai compris la réalité de la vie. La vie a ses lois, si tu comprends pas, tu comprends rien.
Y a pas de Dieu qui va t’aider, il faut que tu te battes pour avoir ta place. J’ai commencé à comprendre qu’il fallait se battre.

… Jusqu’à ce qu’on nous accepte à la Métropole ici. On nous a mis à l’hôtel. C’était compliqué la solitude. Tu fais que cogiter. Les choses passées te reviennent en tête, tout ce que tu as vu, tout ce que tu as fait… Et tu cherches à comprendre.

Quelle est ta situation aujourd’hui ?

Aujourd’hui je suis irrégulier au niveau des papiers. On m’a dit « il faut aller à l’école, il faut s’intégrer » j’ai dit « ok ». J’ai fait ce qu’il fallait. J’ai pas eu de problème avec les gens, la police, personne. J’ai eu des diplômes. J’ai travaillé avec des gens. J’ai fait des stages. J’ai apporté toutes les preuves que j’étais bien là. Et à ma grande surprise je vais à la préfecture, et on me dit « Non on te donne pas ». Je demande pourquoi et on me dit « Il n’y a pas d’explication ».

Les études que je fais ça m’intéressait au début. J’ai eu des diplômes, le patron il voulait m’embaucher, mais la préfecture n’a pas donné le papier, et là ça m’a découragé, je me suis dit ça vaut pas la peine en fait.

On accepte de faire souffrir l’autre pour un seul papier. Il demande pas beaucoup : juste un papier pour pouvoir se défendre, travailler, cotiser, faire ce qu’il faut, faire avancer la société. On lui refuse.

Mais quand je vois mon parcours, j’ai traversé tellement de choses, que je me dis « C’est possible. Tout est possible ».

Mon premier ennemi c’est mon ignorance. Parce que tant que je serai ignorant, je pourrai jamais avancer. Si je comprends les choses, je vais avancer. Et si je cherche, je vais trouver… Dans 5 ans, dans 10 ans, un jour je vais trouver ce que je cherche.

Je me dis que si je suis arrivé en France, c’est pas par hasard. Peut-être que le destin a voulu que je vienne en France pour comprendre les choses, et aller changer les choses.

D’où te vient cette force ?

Des fois je dis à des amis « On va changer ça », ils me disent « Non, c’est pas possible ». Je leur réponds «Du moment où tu te mets dans la tête que c’est pas possible, ça ne sera jamais possible. En fait, c’est possible ! » J’ai traversé la Méditerranée. J’ai fait 4 jours dans la mer. Je ne suis pas mort. Les vagues qui étaient là… Dans un petit bateau… Sans nourriture… Je ne suis pas mort ! Je vois les oiseaux qui vivent. Je ne sais pas comment ils font, mais c’est la vie qui est comme ça : Tout est possible.

Alors je me dis que je peux faire quelque chose ! Il y a eu des gens qui sont passés, à eux seuls ils ont changé le cours de l’histoire. Ils étaient pas des génies, ils étaient pas extraordinaires, mais par leur volonté, par leur envie, par leur détermination, ils ont réussi.

Ces valeurs viennent de mon parcours…

Quand je traverse le désert, et je vois le vent qui souffle. Et je vois les chameaux qui sont là… Je ne vois pas d’eau. Pas de village… Je me demande comment font les gens pour vivre ? Je n’ai pas la réponse !
Quand je vois le soleil qui se lève, je vois le sable qui se déplace… Quand il fait nuit, dans le désert… Je vois les étoiles qui bougent, le ciel qui est tellement impressionnant que j’arrive pas à le définir… C’est quoi qui fait tout ça ? … Je me dis que tout ça n’est pas par hasard !

Mais je n’écoute pas les gens. Je crois en moi-même, je m’écoute moi-même. Et je vois l’avenir… je vois le ciel… je vois les hommes… je vois la terre… ça, ça je crois ! C’est là que je trouve ma force.

SANA – « Cette attention aux autres »

« La vie ne donne pas tout.» Sana le sait bien.

Tunisienne, elle s’est échouée en Italie il y a quelques années, en quête d’une vie meilleure… Puis elle est arrivée en France, il y a sept ans.
Une vie de souffrance, la peur au ventre, mais avec l’espoir d’offrir à ses trois enfants la liberté de choisir leur travail. De vivre leur vie dignement.

Aujourd’hui Sana et sa famille vivent dans un foyer d’hébergement. « Dieu merci ! » dit-elle, n’oubliant pas ces mois de galère à vivre dans une caravane, ou logée chez des personnes en l’échange de services incessants.

Pourtant, pour ses enfants c’est la honte : « Maman, tu ne dis pas que j’habite dans un foyer ! » lui supplie son fils de 10 ans, à la sortie de l’école. Pour elle, c’est comme un coup de couteau.

En attendant ses papiers pour pouvoir travailler en France, ils vivent difficilement, grâce à des chèques services. Mais Sana reste déterminée :« Je suis venue en France pour améliorer ma vie. Je veux travailler. Je ne veux pas que l’Etat m’aide. Je suis jeune. J’ai la force : Je peux travailler.»

Sa demande de carte de séjour est maintenant dans les mains d’un avocat, suite à un refus qu’elle a reçu, il y a quelques mois. Dévastée et épuisée de cette longue attente, Sana continue malgré tout de se battre : « Quand je vois mes enfants, je sais qu’il faut que je sois forte. Quelquefois les larmes sortent toutes seules, même devant eux… Mais vite vite, je recule et je fais quelque chose d’autre, pour sentir que je suis courageuse. »

Sana est aujourd’hui en procédure de divorce : « J’ai résisté 21 années de mariage » dit-elle. « Mais mon mari est un bloc de pierre, je suis fatiguée. »

Pourtant, dans toutes ces difficultés, Sana a trouvé quelque chose… une petite pépite. Serait-ce finalement un cadeau de la vie ?

«Avant, je ne me défendais pas. Si quelqu’un m’insultait ou n’était pas respectueux avec moi, je ne disais rien. J’étais un peu timide… pas un peu… même 80% timide ! » rit-elle. Puis elle continue : « Petit à petit, j’ai trouvé le courage de répondre. Je suis mieux que la première personne, qui était quelqu’un qu’on attaque, qui pleurait cachée. J’ai trouvé la liberté. Comme un prisonnier sorti de sa prison. Je peux exprimer mes sentiments !»

Maintenant Sana aide ses voisins, ou les parents de l’école dans laquelle est scolarisé son fils. Certains ne parlent pas le français, alors elle les accompagne à leur rendez-vous avec le directeur, ou lors d’un rendez-vous de docteur, pour les aider à comprendre, et à se faire comprendre.

« Je suis contente quand j’aide quelqu’un. » dit-elle, le cœur grand ouvert. « J’aime soutenir les familles. Je veux participer à leur douleur, à leur souffrance, pour chercher une solution… ou même trouver des mots qui les aident, qui les encouragent ».

Et jusque dans ses prières, Sana à cette incroyable attention pour les autres :

« Quand tu crois en Dieu, tu lui demandes tout » confit-elle : « Mon Dieu, s’il vous plaît, aidez-moi ! Protégez mes enfants ! Aidez-moi à aider cette famille ! Donnez-moi la force de chercher une solution pour cette famille ! »


« Quelquefois tu trouves la solution en une heure ou deux » dit-elle… « Quelquefois, il faut attendre des années… »

Mais Sana le sait. Elle trouvera le moyen de changer cette vie.

Dans l’école primaire où le fils de Sana est scolarisé, un lieu d’accueil a été mis en place pour les parents. Sana a pu y tisser des liens conviviaux avec d’autres parents, ainsi qu’avec des professionnels de l’éducation. Elle y a trouvé du soutien et des clefs pour accompagner au mieux ses enfants dans leur vie et dans leur scolarité.
A l’heure où l’école tend à creuser les inégalités, ce type d’initiatives favorise la réussite scolaire de tous les enfants, même des plus défavorisés.
Le collectif Mille et un Territoires réunit 17 associations, qui se mobilisent ainsi pour renforcer les liens entre l’école et la famille.


Pour en savoir plus sur le collectif Mille et un Territoires : https://www.1001territoires.fr/

HADI – « La force d’avancer »

Il s’appelle Hadi, comme son grand-père.

Vous pouvez aussi l’appeler « Papa », comme cela se fait en Guinée, par respect pour les aînés qui ont porté le même nom.

Hadi est un jeune Guinéen de 25 ans, déterminé à combattre l’injustice. A porter la parole des plus démunis. Un jour viendra, peut-être, où il pourra rentrer au pays et défendre à nouveau ses convictions là-bas. Mais pour l’instant, il suit la longue procédure des demandeurs d’asile en France. Et il attend ses papiers depuis deux ans déjà.

Hadi vient d’une famille Guinéenne aisée. Il est diplômé des Sciences Politiques en Guinée. Pourtant, arrivé en France, il dort quatre nuits dehors, avant d’être hébergé pendant presque deux ans dans un squat sale, aux conditions de vie indignes et inhumaines.

Mais Hadi ne baisse pas les bras. Il sait que tout cela est temporaire. Que ça n’est pas le matériel qui compte.

Malgré les difficultés, il arrive à s’entourer de bonnes personnes, et à poursuivre ses études. Il fournit le double d’efforts, et valide sa licence et le certificat d’études politiques à l’international à Science-Po Lyon. Bien sûr, il y a les nuits trop courtes qu’il passe dans ce squat surpeuplé, et son père qui lui manque tant, mais son désir de porter la parole des plus faibles lui donne toujours la force d’avancer.

Alors Hadi s’engage à être l’un des référents de ce squat de migrants. Il devient rapidement référent central pour faire vivre ce lieu d’accueil du mieux que possible. Dans toutes les négociations, il est en lien avec la Métropole de Lyon, la Préfecture, la Mairie. Et il se considère chanceux d’être assis à la même table que ces dirigeants. Pourtant, n’est-ce pas eux qui ont la chance de croiser son chemin ? Car malgré la précarité de sa situation, Hadi est un homme brillant et inspirant. Il sait où il va.

« Mon objectif, c’est de travailler un jour dans une organisation humanitaire, ou dans une grande institution internationale, comme l’UNESCO, le programme des Nations Unies pour le Développement, ou pour les réfugiés. » confie-t-il. Et Hadi fera tout pour cela. Car pour lui, « si on a emprunté un mauvais chemin dans la vie, il y a toujours un plan B, et si le plan B ne marche pas, il y a un plan C… et ça ne finit jamais en fait ! »

Cette force, Hadi la tient de sa famille. De son père particulièrement. Mais aussi de tous ceux qui l’ont soutenu, et qui continuent aujourd’hui de l’aider quand c’est difficile. Hadi a une immense reconnaissance pour chacun d’eux : L’homme qui lui a ouvert sa porte, ce soir d’hiver où il dormait à la rue… Cette autre personne qui lui a proposé un matelas dans ce collège désaffecté… Cette dame qui lui a ouvert les portes de l’Université… Cette responsable de Science-Po qui le conseille quand il est démotivé… Ou ces camarades de classe qui lui partagent les cours, quand le prof est allé trop vite… Et la liste est longue. Car pour Hadi, il n’y a pas de petite reconnaissance. Pas de petit service.

Grâce à chacun, il est ici à sa place : Il a une copine. Des amis de différents horizons. Et il partage avec eux ses joies, ses peines, et parfois des parties de foot.

« J’aime le football. En regardant les matchs, j’oublie les problèmes du monde entier » confie-t-il comme s’il avouait un péché mignon.

Hadi cuisine aussi souvent. Cela le rend tellement heureux ! « Les hommes en Guinée ne cuisinent presque pas, alors j’ai appris tout seul ici ! A chaque fois que je fais mes sauces, le Mafé, je suis fier de moi, je goûte, je rigole et je me dis  »Yes, j’y suis arrivé ! » ». Son rire, discret mais sincère, est communicatif.

Plus sérieux, il ajoute, comme pour conclure : « On ne doit jamais baisser les bras parce que son projet a échoué, ou parce qu’on dort dehors, ou parce qu’on est en prison. Il faut toujours avoir confiance en soi. Il faut toujours espérer. »

Car pour Hadi, chacun mérite sa place. C’est son combat. C’est sa vie.

Hadi remercie le « Collectif Soutiens Migrants Croix-Rousse », qui s’est engagé aux côtés des habitants du Squat Collège Maurice Scève jusqu’à sa fermeture (expulsion) en septembre 2020.

Après presque deux ans de vie dans ce squat, Hadi est aujourd’hui hébergé par l’association Hospitalité d’Abraham dans un appartement à la périphérie de Lyon.

Le Collectif continue aujourd’hui son action auprès des migrants de la Métropole.

Pour en savoir plus sur ce collectif :

https://collegemauricesceve.org

https://m.facebook.com/CollegeMauriceSceve/