CHRISTIAN – « Toi, tu m’as écouté »

Christian m’attend sur un banc, dans un parc, sa petite radio posée à côté de lui. Je ne sais pas où il vit. Lui, me montre un bosquet en me disant « là-bas ». Là-bas, il semble ne rien y avoir, mais c’est chez lui apparemment. J’acquiesce.

Christian c’est l’histoire qui te rappelle, une fois encore, que cela peut arriver à tout le monde. Que ça pourrait être toi, puisque ça a été lui. Il a travaillé toute sa vie. Il avait une maison. Une famille. Et il a maintenant un grand fils, qui vit au Quebec, et avec qui il fait des appels vidéo de temps en temps. Il y découvre avec tendresse et amusement les grimaces de ses petits-enfants : C’est un grand-père, tout simplement.

Mais avec moi, il se raconte, comme pour essayer de tirer des leçons du passé, ou relire sa vie, pas toujours simple. Peintre tapissier dans le bâtiment, il a toujours été apprécié pour son professionnalisme. Durant toute sa carrière, il enchaîne les missions en intérim, et se rend vite compte de certaines injustices : « J’estimais qu’il n’était pas normal que les intérimaires aient juste le droit de travailler, mais qu’ils n’aient pas le droit à certains avantages ». Alors il s’engage en tant que délégué du personnel. Avec son syndicat, il se bat pour que les intérimaires aient accès aux colis de Noël, aux voyages, et à des formations dignes de ce nom. Au bout de quelques années, il est même détaché pour cette mission. Il y passe tout son temps, toute son énergie, si bien que les conventions collectives ou les clauses juridiques n’ont aujourd’hui plus de secret pour lui. Après 20 ans de lutte et de longues négociations, il réussit à obtenir du gouvernement le maintien des 10% précarité. Pour lui c’est une grande fierté. Mais à vrai dire, il ne veut pas s’attarder sur ses réussites : il a plus grave à me raconter.

Plus grave, oui. Car arrivé à 60 ans, Christian a découvert malgré lui un autre monde : celui de la rue. Bien sûr, il n’était pas préparé pour cela. « C’est quand même con pour un délégué du personnel de se retrouver à la rue » avoue-t-il. Pourtant, après une vie professionnelle bien remplie, alors qu’il débute juste sa retraite, il se rend compte qu’il manque 300 euros à son salaire de retraité. Il tente alors de défendre ses droits auprès de l’administration. Le responsable lui rétorque : « Le calcul est bon. De toute façon, ou vous acceptez, ou vous n’êtes pas payé ». Et non, Christian n’accepte pas. Il sait qu’il est dans son droit et porte l’affaire en justice. Celle-ci met deux ans à reconnaître l’erreur et à la faire rectifier : Deux ans durant lesquels tous ses droits sont coupés.

Sans aucun revenus, Christian plonge progressivement dans la précarité, jusqu’à se retrouver à la rue, et à dormir entre les cartons, devant le Palais de Justice de Marseille. Pourtant, il garde en lui une conviction : « Je savais que j’allais gagner. Je savais que j’allais m’en sortir. C’était pas possible que je termine dans la rue ».

Il n’empêche, Christian découvre ce que c’est que de faire les poubelles, de construire un abris contre la pluie, de prendre sa douche dans un accueil de jour. « La Croix-Rouge m’a donné un bouquin, puis je me suis débrouillé par moi-même » explique t-il. Il apprend alors à connaître les gens de la rue : « Avant je croyais que si on était dans la misère, c’est qu’on ne voulait pas s’en sortir. Mais c’est plus compliqué que ça. Il y a des gens qui ne savent pas chercher un travail, qui sont malades, ou qui ont été mal dirigés… Maintenant je ne dis plus que ce sont tous des fainéants. »
Durant toute cette période de galère, Christian cache à son fils sa situation. Il ne dit rien non plus au juge, en charge de son dossier. « On est un peu fier » avoue t-il. « On ne veut pas que ça se sache ! … Parce qu’au fond, je n’aurais jamais dû me retrouver à la rue. C’est de ma faute, c’est ma fierté. Je ne voulais demander de l’aide à personne, même pas aux associations où j’ai été. »

Ce n’est que deux ans après, qu’il gagne le procès. Il sort de cette épreuve avec des indemnités et des dommages et intérêts, certes, mais non sans séquelles.

Quand je lui demande comment il a tenu, Christian m’explique : « Je me suis toujours dit : « Aide toi, et le ciel t’aidera. »… Et puis j’étais tellement en colère que j’ai survécu ! »

Aujourd’hui, Christian a 70 ans. Dix ans se sont écoulés depuis le jugement, mais il ne semble pas tout à fait rétabli de cette histoire. Pourtant, au contact d’associations durant ses années de galère, il est ressorti avec une idée : aider et accompagner les autres, pour donner du sens à sa vie. Il devient bénévole à l’Ordre de Malte, puis à l’Armée du Salut, où il distribue des repas pour les personnes à la rue. Il s’investit ensuite à long terme pour les Petits Frères des Pauvres, en accompagnant d’abord une femme âgée isolée, puis en s’occupant du jardin de l’association, et en s’investissant sur la construction d’un projet d’Accompagnement Vers le Logement. Enfin, avec une fidélité hors norme, il sert des repas aux personnes âgées isolées et en grande précarité. « On les reçoit comme s’ils étaient au restaurant » raconte-t-il, passionné par sa mission. Car Christian aime faire plaisir et rendre les gens heureux. Il a trouvé sa place en tant que bénévole.

Un jour, alors qu’il se promène en ville, il recroise un des salariés de l’accueil de jour dans lequel il allait, lorsqu’il était à la rue. Celui-ci vient le voir pour prendre des nouvelles et lui dit : « Pour toi, on a rien fait ! ». Christian lui répond : « Si ! C’est la présence qui est importante. J’avais quelqu’un à qui parler. Toi, tu m’as écouté ! »

Christian est engagé depuis plusieurs années en tant que bénévole aux Petits Frères des Pauvres : « Quand tu accompagnes une personne, tu vois combien elle est contente ! Ca fait du baume au cœur ! »

Si vous aussi vous souhaitez soutenir les Petits Frères des Pauvres, rendez-vous sur leur site !

http://www.petitsfreresdespauvres.fr

FRANÇOISE – « Il fallait que je m’exprime »

Françoise arrive, épuisée, une heure après l’heure de notre rendez-vous. Elle est là pour me partager sa vie, son histoire. Au premier regard, je pourrais croire qu’elle a traversé tous les obstacles pour venir jusqu’ici. N’est-ce pas d’ailleurs la vérité ?

De ses deux sacs, trop lourds pour elle, elle sort d’abord son téléphone, l’air dépitée : Elle n’a plus de crédit et ne pouvait pas me rappeler. Elle me raconte ensuite ses rendez-vous manqués aujourd’hui. Ou était-ce hier ? Celui avec cet hôtel, dans le Sud de Lyon : Pôle Emploi l’envoyait là-bas, car ils cherchent une femme de chambre. Mais c’est trop loin pour elle ! Comment y aller ? De toute façon, elle a raté l’entretien. Elle voudrait bien les rappeler mais ne sait plus le numéro. Alors Françoise a peur qu’on lui coupe le RSA. Il ne faut pas surtout…

Et puis il y a son rendez-vous raté avec cette dame de la Maison de la Métropole. De mon téléphone, elle la rappelle et s’excuse de n’avoir pas pu venir il y a deux jours : « J’ai été hospitalisée. Ma santé est fragile. » explique-t-elle. « A l’hôpital, ils m’ont dit que je ne buvais pas assez, mais je n’ai pas le temps de boire, moi ! Il y a tant de choses à gérer ! »

Françoise connaît la rue depuis 30 ans maintenant et elle est abîmée par cette vie de galère. Oui, elle a bien eu des appartements, mais ça n’a jamais duré. « C’est des problèmes d’entente » me confie-t-elle. Alors, toutes ces années, elle a dormi où elle a pu : dans des MJC, à l’hôpital, dans les sas d’entrée des banques, ou aux lavomatiques… Depuis un an, elle a enfin trouvé refuge chez une amie de la paroisse. Bien sûr, c’est mieux que la rue, mais elle n’aime pas dépendre de quelqu’un. Et elle sait bien qu’elle ne peut pas vivre chez les autres, comme ça, éternellement.

Françoise a 56 ans. Elle a déjà eu des emplois : Dans les espaces verts… En blanchisserie… Femme de chambre… Plusieurs fois, ça l’a sorti de la rue. Mais la vérité, c’est qu’elle ne comprend pas : « A chaque fois qu’on essaie de s’en sortir, il y a quelqu’un pour nous mettre des bâtons dans les roues. C’est de la sorcellerie à ce niveau-là. Pourquoi je me retrouve toujours à la rue ? »

Elle se souvient de son enfance. Son père était absent, et sa maman, ayant un handicap important aux yeux, ne pouvait pas l’élever. Alors c’est elle qui s’occupait de son petit frère… et même de sa mère.

Des années plus tard, les services sociaux ont d’ailleurs placé ses enfants pour ce motif. Ils ont dit à Françoise que sa mère lui prenait trop de temps. Françoise avait déjà perdu un bébé, décédé accidentellement à l’âge de 2 mois, alors ça a été dur ces placements. « Je tenais à mes autres enfants. » s’attriste-t-elle… « Heureusement que la famille d’accueil était bien ! Je ne leur reproche rien ! … Sauf cette fois où ils sont partis en vacances en Italie sans me prévenir. C’était mon enfant quand même ! J’avais le droit de savoir ! »

C’est vrai que c’était dur pour elle ces temps de visite, où l’heure c’est l’heure… 30 minutes et puis c’est tout… « Ça se dit protection de l’enfance, mais c’est comme ça que vous protégez les enfants ? » s’indigne-t-elle. Françoise ne leur montrait pas qu’elle était triste.

Mais elle est fatiguée. Presque au milieu de la phrase, et malgré la force de son récit, ses yeux se ferment : Elle s’endort. Ce n’est qu’après un café que nous reprenons le fil de la discussion.

Avant tout, elle regarde son téléphone. Elle doit rappeler sa fille, celle qui habite à Pau. Elle voudrait tant faire ce long trajet en car pour aller la retrouver, et voir ses petits-enfants. Mais quand pourra t-elle y aller ? Tout est si compliqué…

« Je voudrais être comme tout le monde. » soupire-t-elle « M’occuper de mes enfants, de mes petits-enfants… C’est pas facile avec eux, mais je les aime. Ils me reprochent beaucoup de choses, mais c’est pas leur faute. »

Elle voudrait aussi rappeler son fils : il a essayé de la joindre plusieurs fois : il doit avoir besoin d’argent. C’est un adulte maintenant, mais depuis quelque temps, il est devenu violent. « Il a la haine contre la société » s’inquiète Françoise. « Il est capable de faire n’importe quoi. Il a tout cassé dans son appartement… Il faudra qu’il s’explique avec l’organisme HLM… » Françoise se demande ce qu’elle peut faire pour lui. Lui donner 20 euros peut-être ? Après tout, elle est sa mère, c’est son rôle de l’aider. Et même s’il est violent ? Et même si elle n’a rien ? Elle ne sait pas. Elle ne sait plus.

Plus jeune, Françoise aussi a eu une période empreinte de violence. « A force de connaître la rue, la misère, j’avais de la rébellion en moi. Je voulais me bagarrer. Il fallait que je m’exprime. » C’est finalement sa foi en Dieu qui la sort de cet engrenage, lorsqu’elle entend un jour une voix lui dire : « Qu’est ce que tu fais là ? Ce n’est pas ta place! ». Par la prière, Françoise parvient à s’apaiser.

« Je prie beaucoup. » explique-t-elle. « Si je prie pas, je suis foutue. Si j’ai pas Dieu, je suis rien. Et ma croyance envers le seigneur me permet de ne pas être égoïste. De partager avec l’autre. »

Françoise repense aux deux hommes qui ont partagé sa vie. Son premier mari avait un problème avec l’alcool. « Mais je ne lui en veux pas » ajoute Françoise. « Lui aussi, il a eu un parcours difficile. ». Le deuxième était bipolaire. Hospitalisé en hôpital psychiatrique, il est devenu violent. Françoise a bien essayé de dire aux soignants que son mari n’était pas comme ça d’habitude, que c’était les médicaments. Mais ils n’ont rien fait pour arrêter. « Ils sont pas assez à l’écoute des patients dans ces hôpitaux. » Françoise trouve ça inadmissible.

C’est important pour elle de parler de tout ça. Elle a même fait du théâtre à ce sujet. Son sourire doux s’illumine lorsqu’elle parle des ateliers de slams, d’écriture, de chorale ou de théâtre, qu’elle a pu suivre avec les associations qui la soutiennent. « Ça me permet de m’évader de mes soucis, de mes problèmes. » … Et de faire passer des messages importants.

Alors oui, je peux dire que Françoise a traversé tous les obstacles pour venir à ce rendez-vous : « Des choses terribles » me dit-elle. Mais en s’exprimant, elle a pris sa place. Et de sa parole, riche et généreuse, naissent de précieux enseignements.

Françoise tient à remercier La Maison de Rodolphe (anciennement appelé Relais SOS) : « Ils m’ont bien remonté le moral. Ils m’ont fait faire des ateliers théâtre, des ateliers d’écriture, pour que je reprenne goût à la vie. J’oublie pas tout ce qu’ils ont fait pour moi ! »

La Maison de Rodolphe, gérée par le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri, est un centre d’hébergement et un accueil de jour destiné à aider les personnes isolées, les hommes avec chiens et les familles en détresse à retrouver leur autonomie personnelle et sociale. A titre d’exemple, au mois de juillet 2021, 259 personnes ont pu se rendre à l’accueil de jour.

Pour en savoir plus sur cette association : www.fndsa.org

SOLANGE – « Juste ou injuste »

Il y a du soleil dans la voix de Solange ! Un franc-parler chaleureux, qui inspire la confiance ! Et de l’humour parfois … comme lorsqu’elle me parle de sa grosse addiction… au tricot !

Pourtant, la vie de Solange est une vie cabossée. Placée à l’âge d’un mois, « pupille de la nation », elle ne comprend pas ses parents : Pourquoi l’ont-ils mise au monde, si c’est pour ne pas lui laisser de place ? Solange a ainsi dû vivre en foyer, puis chez une « nourrice » toute son enfance. C’est elle qui lui a appris tout ce qu’elle sait aujourd’hui. C’est aussi vers elle qu’elle se tournait si elle avait une question ou besoin de soutien. « C’était ma nourrice ma mère… ». Il y a une grande reconnaissance, mais aussi de la souffrance, dans ce constat.

Pourtant, avec le recul, Solange se rend compte aujourd’hui combien ce placement l’a protégé, l’a sauvé. Son père n’a t-il pas abusé de sa grande sœur ? Ne s’est-il pas « passé des choses » lorsqu’ils dormaient chaque nuit dans le même lit ? Comment lui pardonner, lui qui a sali sa sœur aujourd’hui disparue ? Elle ne peut pas.

Solange doit se rendre à l’évidence : Ses parents ont toujours été des étrangers pour elle. Si bien qu’à l’âge de 16 ans, ils font pour elle une demande d’émancipation de mineur . « C’était la preuve que je n’étais pas voulue. On ne fait pas cette chose-là normalement quand on aime ses enfants. » La rancœur et l’incompréhension ne cesseront de tourmenter sa vie d’adulte.

A 16 ans, Solange se met en ménage avec un homme qui tombera vite dans l’alcool. « Je me suis débrouillée comme je pouvais pour élever mes enfants. » dit-elle. Elle en aura 7, de deux pères différents, ainsi que deux adoptés (les enfants de son ex-mari). «Ils sont 9. » m’explique t-elle. « Mais chez nous il n’y a pas de demi ! Non, non, c’est une fratrie ! Si il y en a un qui a un soucis et que l’autre peut l’aider, il le fera. Entre frères et sœurs, ils se soutiennent. Et moi aussi, si j’ai besoin d’un soutien, je peux compter sur eux. On s’aide mutuellement. Ça, c’est une chose que j’ai été capable de leur donner, de leur faire comprendre ! Qu’il faut s’aider entre nous ! ».

Suite à des soucis personnels, Solange vit plusieurs années dans un foyer accueillant des personnes en précarité, femmes battues, ou parents dont les enfants sont placés. « Cela m’a été d’une grande aide » me confie-t-elle. Mais lorsque je lui demande plus d’informations sur cette période, elle répond d’un air amusé « Joker !». Et son rire laisse éclore la lourdeur de ce qui est ici caché.

Pourtant, Solange a su faire quelque chose de tout cela. « Ma vie fait ma force » dit-elle avec fierté. Et elle peut être fière Solange ! C’est une femme généreuse. Engagée. En guerre contre la précarité. Elle pense particulièrement à toutes ces personnes qui ne touchent pas leurs droits actuellement. A toutes celles qui ne reçoivent pas de réponse des administrations débordées. Cela lui est arrivé récemment : Plus d’allocation pendant plus de 4 mois, et pas de réponse de la CAF, malgré un dossier bien rempli. De loyers impayés en loyers impayés, elle se met alors à recevoir des lettres d’expulsion de son logement. « C’est normal. Je les comprends. Ils font valoir leur droits ! … » Elle tente tant bien que mal de faire valoir les siens. C’est hélas uniquement lors de l’intervention de l’assistante sociale qu’elle reçoit enfin une réponse de la CAF. « Pourtant je sais remplir un dossier !» s’indigne-t-elle. « Il y a justice et injustice ! »

Aujourd’hui, Solange s’exprime dans des textes de slam, qu’elle écrit pour se libérer d’une histoire difficile. Elle partage volontiers l’un d’eux pour faire entendre sa voix: « Juste ou injuste ? Que tout le monde n’ait pas les mêmes droits aux logements ? Juste ou injuste ? Qu’un humain maltraite un enfant qui est jugé ? Juste ou injuste ? (…) » Sa liste est longue, et ne s’arrêtera pas au point final qu’elle a posé.

Alors oui, Solange a une vie difficile… Mais n’éclaire-t-elle pas les autres de son expérience, de son dévouement, de sa rage de dire les choses pour faire avancer la société ?

Dans le foyer où elle a vécu, elle fait ainsi partie du Conseil de la Vie Sociale. « J’ai voulu en faire partie, parce que les éducateurs c’est bien, mais on se sent jugé. Il y a des choses qu’on ne leur dit pas. Les résidents du foyer pouvaient me dire à moi ce qu’ils ne pouvaient pas leur dire. »
Elle s’engage aussi au Conseil Régional des Personnes Accueillies (CRPA), auprès de la Fédération des Acteurs de la Solidarité. Lors de sa première réunion, elle constate avec étonnement qu’aucune femme n’y est élue. « Où sont les femmes ? (C’est ma devise…) » ajoute t-elle en riant. Elle est alors élue, pour y défendre avec vigueur trois thématiques, qui lui tiennent particulièrement à cœur : « Je me battrai pour les droits des femmes. Pour les droits des jeunes de 18 à 25 ans. Et pour les droits des personnes handicapées. »
Et Solange ajoute, comme pour conclure : « Ca m’a donné tellement de force le bénévolat ! Alors si je peux donner… je le fais ! Ce que j’ai appris, je veux le donner à d’autres ! »

Solange entretient une longue histoire avec l’ADEFO (Association Dijonnaise d’Entraide des Familles Ouvrières).
Alors qu’elle n’avait qu’une dizaine d’années, elle a tissé des liens avec cette association qui proposait aux familles en précarité des vacances loin de leur quotidien. Elle a pu en profiter.
Devenue mère, c’est ses enfants qui ont bénéficié de ces départs en vacances, loin « des cages à poules » qu’étaient leurs quartiers.
C’est aussi là qu’elle a trouvé du soutien pour les accompagner dans leur scolarité, grâce à des étudiants qui proposaient de l’aide aux devoirs, ou d’autres activités.
C’est enfin l’ADEFO qui l’a accueillie au sein d’un de son foyer Blanqui (CHRS) : « Ca n’était ni plus ni moins la dernière chance avant de vivre dehors. » Elle y fait aujourd’hui partie du Conseil de la Vie Sociale.
L’ADEFO a soutenu Solange tout au long de sa vie. « Ca a été pour moi mon cordon ombilical ».

Pour en savoir plus sur l’ADEFO :

https://www.adefo.asso.fr

PASCALE – « Au-delà de tout »

Pascale a 67 ans. Elle aime la vie. Elle aime cuisiner, chanter. Faire plaisir aux autres en somme. Donner d’elle-même !

Donner, oui. Jusqu’à accueillir chez elle sa petite sœur trisomique, et s’occuper d’elle jour et nuit, depuis la mort de leurs parents il y a 7 ans. Oui, simplement aider. Être là pour les autres. Jusqu’à s’oublier elle-même parfois.

Dans sa petite maison HLM de l’Île d’Yeu, avec la charge de sa sœur handicapée, elle retrouve pourtant un peu de calme et de détente, après une vie bien mouvementée… Une vie de courage face aux difficultés… Fuir un mari violent avec deux jeunes enfants, ne pas savoir où aller. Mener une vie de débrouille, de squats en expulsions, de petits boulots en accidents de la vie…
Mère courage. Sœur courage. Elle n’a jamais cessé de se battre.

Bien sûr elle le sait, elle n’a pu supporter ces années de galère que grâce à l’Amour qu’elle a pu recevoir dans sa vie. Notamment de sa petite sœur handicapée. Et de ses enfants bien sûr, le moteur essentiel de sa vie !
Elles sont là ses ressources ! L’Amour… De sa famille. De la nature…

Alors, maintenant, Pascale se laisse un peu profiter de la vie :
S’occuper de son jardin. Admirer un instant une petite araignée rose… « Une toute petite araignée, rose-rose, un petit triangle, avec des gros yeux. Toute petite au milieu des herbes, mais si jolie. » Elle, qui pourtant a toujours été arachnophobe, peut aujourd’hui tomber en admiration devant des araignées extraordinaires…
Saviez-vous qu’à la peur, nous pouvions répondre l’émerveillement?

Oui, émerveillée Pascale ! Et passionnée ! De couture, de bricolage, de dessin, de plantes… Elle aime faire de ses mains, simplement. Et avec tout son cœur.

Quand à la question de sa place dans la société, elle répond en riant : « Moi je suis heureuse de chanter ! C’est agréable ! Ca m’enlève tout le stress. Et en plus ça peut apporter de la joie aux autres ! Et ça c’est important de pouvoir apporter de la joie aux autres ! »

Plus jeune, Pascale a chanté dans les bistrots Parisiens, pour se faire trois sous. Cela n’a pas toujours marché. Parfois elle est tombée sur des patrons ou des clients peu corrects. Elle a souvent donné sans rien recevoir en retour. Mais elle a tant aimé chanter pour les autres !

C’est vrai, dans sa vie elle ne s’est pas toujours entourée de douceur. « Mais j’aime la nature humaine » confie-t-elle, « et même si j’en connais les côtés les plus sombres, j’ai toujours espoir. »

Voilà. Donner et aimer. Au-delà de tout.
Car pour Pascale, le reste importe peu… L’Amour. Toujours l’Amour !

Pascale tient à remercier « Chocolat », ce monsieur qui l’a aidé en lui donnant 5 francs lorsqu’elle s’est retrouvée à la rue avec ses enfants, au début des années 90.
Pascale le connaissait, car lorsqu’elle était comptable, elle participait à la distribution de repas pour des personnes en situation de précarité avec l’association Ramasse Miettes. Chocolat était un homme sans abri qu’elle avait rencontré là-bas.
Lorsque plusieurs mois plus tard, elle l’a recroisé par hasard dans la rue, alors qu’elle n’avait plus de logement ni de travail, il a souhaité lui donner tout ce qu’il avait.

LÆTITIA – « Une voix s’élève »

Il y a des voix qui s’élèvent et qui veulent compter. Celle de Lætitia en est une.

Lætitia a 42 ans, 3 enfants, et 290 euros par mois pour vivre. Ou plutôt survivre. Alors elle a décidé de parler : « Il faut que ceux qui sont dans la précarité soient entendus, écoutés. » clame-t-elle.

Pourtant, lorsqu’elle était enfant, Lætitia ne parlait pas. Pas du tout. Jusqu’à l’âge de ses 9 ans, elle n’était que silence : Motus et bouche cousue. Elle raconte que tous les professionnels de l’éducation, ne sachant que faire d’elle, voulaient alors la mettre en IME* (établissement accueillant des enfants atteints de handicap mental ou présentant une déficience intellectuelle). Mais sa mère, convaincue que sa fille n’avait rien à faire là-bas, s’est battue pour qu’elle n’y aille pas. Pour qu’elle s’en sorte. Contre toute attente, c’est à 9 ans que Lætitia a commencé à parler. Loin de son père violent. Hébergée avec sa mère et sa sœur dans une résidence pour femmes battues, la parole a pu se libérer. Enfin.

Lætitia ne se taira plus. Une soif de justice et d’égalité, la pousse aujourd’hui à se confier sur sa vie difficile, mais toujours entourée de l’Amour de sa maman et de sa sœur. Une vie précaire, certes, mais où l’on ne baisse pas les bras.

Alors, Lætitia se souvient. Au primaire, elle est orientée dans une classe « perfectionnement » avant d’intégrer la SEGPA* (classe accueillant les jeunes présentant des difficultés scolaires importantes). Elle y trouve sa place grâce à une maîtresse compréhensive, qui avance au rythme de ses élèves. « Des fois je faisais mes exercices de mathématiques en trois jours, parce que j’y arrivais pas. » avoue Lætitia. Mais elle se souvient encore de cette maîtresse si patiente, si juste, et qui lui a permis de se sentir fière de chacune de ses réussites, malgré les difficultés.

Et cela fera partie de ses convictions ensuite : Laisser les jeunes s’en sortir par eux-mêmes. Leur faire confiance. Les accompagner oui, mais ne pas faire à leur place. C’est ce qui a construit Lætitia.

Depuis, à force de travail et de persévérance, elle a obtenu plusieurs diplômes : son CAP Hébergement, son CAP Employée familiale, son titre professionnel de Gouvernante, mais elle n’a pas le bac, regrette-t-elle. « Si, j’ai deux bacs d’évier !» glisse-t-elle avec humour. Mais avec ceux-là, comment accéder aux postes dont elle rêve ?

Car Lætitia voudrait travailler dans l’accompagnement des jeunes qui sortent de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) : Ces enfants qui se retrouvent à l’âge de 18 ans, à la porte de leur foyer ou de leur famille d’accueil, souvent sans famille pour les aider. Pour Lætitia, cette situation est simplement inconcevable. Impossible. Elle le sait, car ses deux premiers enfants, ses jumeaux, ont eux-mêmes été placés, presque jusqu’à leur majorité. Et à 18 ans, c’est chez leur mère qu’ils sont revenus. Malgré sa précarité, elle les a accueillie bien sûr, mettant fin au déchirement qu’avait été ce placement pour elle. Et malgré son manque de moyens évident, elle a aussi hébergé deux jeunes amis de ses enfants, eux aussi sortant de l’ASE, et sans hébergement. « Je n’aime pas voir un jeune comme ça, à la rue. C’est pas possible ! » C’est alors elle qui leur fait découvrir les APL, la Sécurité Sociale, le compte AMELI, ou la rédaction de CV… Si elle n’a rien d’une spécialiste, elle se met simplement à leur hauteur, pousse les portes avec eux, et tente de les orienter, au mieux. Telle une mère pour ses enfants…

Si Lætitia garde un souvenir amer de son expérience avec l’Aide Sociale à l’Enfance, elle se souvient de cette période comme d’un moment fondateur : Oui, elle est capable de s’occuper de ses enfants ! La violence du placement guérit petit à petit, et elle essaie de rattraper avec eux le temps perdu…

Mais son plus jeune fils, Steven, vit actuellement chez son père, dont elle est séparée : « Financièrement je peux pas garder Steven. J’ai le projet qu’il revienne, mais c’est compliqué. »
Pour Lætitia, cette situation financière gâche la vie de famille. « Pour les 20 ans de mes enfants, j’ai pas acheté quelque chose, parce que je pouvais pas. Pour l’anniversaire de Steven, pareil. Je me suis mis avec ma sœur. J’ai pas pu ! … On dit que l’argent ne fait pas le bonheur ? Un petit peu quand même ! L’argent fait un peu le bonheur parce qu’on peut gâter un peu nos enfants… » Car Lætitia le sait : Y a-t-il plus grand bonheur que de rendre les autres heureux ?

Mais malgré ces séparations subies, la famille de Lætitia est une famille unie, et elle est maintenant grand-mère ! Elle accueille chez elle son fils, sa copine, et leur petit bébé de 4 mois à peine, le temps qu’ils trouvent un logement à eux.
« Ma famille, mes enfants, mes amis, ils sont ma bulle de force » confie-t-elle, déterminée à avancer, et à trouver des solutions malgré tous ses malheurs.

De retards de loyer en risque d’expulsion, de problèmes de santé en recherche d’emploi, d’aide alimentaire dérisoire en dossiers de la CAF complétés, re-complétés, re-re-complétés (Lætitia ne perçoit pas le RSA actuellement suite à un problème administratif), Lætitia sait maintenant ce que les difficultés lui ont apporté : « La volonté de faire ! De m’engager plus ! De changer tout ça !… Et je me dis qu’il faut que je me batte, que je suis pas toute seule ! Il y a d’autres familles qui sont comme moi ! »

Et de son témoignage intime ressort cette parole qui pourrait résonner, loin : « Les politiques ne vont pas dans les quartiers à haut risques, dans les taudis. Ils y vont pas… car il n’y a rien à voir… Mais si ! Il y a nous ! Les pauvres ! »

Alors oui, bien sûr, Lætitia sait que les injustices, les inégalités, « ça ne changera pas du jour au lendemain ! » Mais lucide, elle ajoute : « Mais si on ne fait rien, ça ne changera jamais ! »

Lætitia est engagée dans l’association ATD Quart Monde.
« ATD peut faire ce changement » dit-elle. « Si on est unit, si on travaille ensemble ! Là bas, on voit la réalité des choses, on voit la précarité. Et on arrive à rencontrer des professionnels, à expliquer nos problèmes. ATD c’est important parce que ça crée des liens, entre personnes de tous les milieux. »

Pour en savoir plus sur ATD Quart Monde :

www.atd-quartmonde.fr

LOUBNA – « L’essentiel »

Loubna était avocate en Algérie. Une vie stable, heureuse. Jusqu’à ce que tout bascule suite à un « problème » dans son travail. Menacée, mais sans aucune protection de l’Etat, elle a dû partir dans l’urgence, disparaître, pour protéger sa vie et celle de sa fille : Quitter son pays. Son travail. Sa maison. Sa maman. Sa vie stable et heureuse… Fuir tout ce qui lui était pourtant si précieux.
Avec son mari et sa fille, c’est en France qu’ils ont trouvé refuge. C’était il y a trois ans.

Aujourd’hui maman de trois jeunes enfants, Loubna est encore sous le choc : « Jamais je ne pensais pouvoir vivre une situation comme celle-là. » Car malgré ses quelques économies ramenées d’Algérie, ici, Loubna manque de tout : « Parfois je ne mange rien de la journée. Vous me croyez ? » demande t-elle, la voix tremblante, remplie de détresse.
Sans-papiers, faute de « preuves » pour obtenir leur demande d’asile, Loubna et son mari tentent difficilement de survivre. Et la brutalité de ce changement de vie revient sans cesse à eux : «Des fois, en sortant de l’école, on passe devant la boulangerie avec ma fille… Elle me demande un croissant, mais moi je n’ai pas d’argent pour l’acheter. Je n’ai pas un euro ! Alors je change de chemin maintenant. Pour ne pas passer devant la boulangerie. Pour qu’elle ne sente pas l’odeur. »

A ce déracinement, et ce difficile apprentissage de la pauvreté, s’ajoute le deuil de sa mère, décédée soudainement, quelques mois après son départ. Un deuil dont elle a du mal à se remettre.

Mais malgré les difficultés, le temps fait son chemin, et comme dit Loubna : « Tout passe ». Après de longs mois d’errance, elle est maintenant hébergée dans un foyer, avec son mari et ses trois enfants. La maitresse de sa fille, et la directrice de l’école, l’ont aidé à faire les démarches auprès de la Mairie, du 115, de la Maison de la Veille Sociale. Avec douceur, elle raconte combien leur gentillesse la porte : « Certaines personnes m’aident beaucoup. Quand elles voient que j’ai pleuré, le matin, elles me demandent comment je vais… Elles me disent « Bon courage »… Elles me disent « Tu es forte »… Elles me donnent un sourire ! Ça me donne la force… Vraiment ! »
N’a t-elle pas raison Loubna ? Parfois, n’est-ce pas les mots les plus simples qui emplissent le cœur de courage, et donnent la force d’avancer ?

D’ailleurs, sa fille le lui a prouvé encore, récemment : « Un jour, ma fille de 6 ans m’a vu dans la cuisine en train de pleurer en cachette. Elle m’a demandé si c’était ma maman qui me manquait. Je lui ai dit que oui, qu’elle me manquait tellement… et elle m’a répondu : « C’est pas grave maman : Moi je suis avec toi, et papa aussi, et Gana, et Mohamed ! » Cela m’a tellement touché ! Elle a levé le noir de mes yeux… De mon cœur ! Quand je pense à ça, je me dis que j’ai perdu certaines choses, mais que j’ai gagné aussi beaucoup ! Finalement ces épreuves m’ont rapproché de ma famille. » Et Loubna continue : « Mes enfants ce sont mes yeux, mon cœur, mon espoir, ma vie. Et je suis aux côtés de mon mari, toujours. »

Lorsqu’elle passe devant le Tribunal, Loubna a toujours un pincement au cœur, en voyant les avocats, dehors, dans leur robe. Elle se souvient alors de sa carrière, et de sa robe, laissée dans un sac, elle ne sait pas très bien où. Son rêve serait de retravailler un jour dans ce domaine… Elle a d’ailleurs gardé avec elle sa carte professionnelle, et l’attestation qu’elle était avocate, en Algérie. Mais reste un long parcours administratif à suivre pour espérer pouvoir vivre et travailler dignement, ici en France.

« J’ai passé une période vraiment vraiment noire, mais maintenant le plus dur est passé. » dit-elle. « A notre façon, on dit toujours « Hamdoulillah » (« Merci mon Dieu »). Car l’essentiel c’est que mes enfants vont bien. L’essentiel c’est qu’on est une famille. L’essentiel c’est que ma fille, si elle a besoin de sa maman, je suis à côté d’elle. Si elle a besoin de son papa, il est à côté d’elle. C’est ça l’essentiel ! On partage tout. Moi et ma famille on partage tout. »

Et si aujourd’hui ils ont peu, pour Loubna, ce n’est pas grave. Puisqu’ils ont le partage.

Depuis 2017, Loubna se rend aux Restos du Coeur chaque semaine. Là-bas, elle trouve une aide alimentaire indispensable pour elle et sa famille.
« Aux Restos du Coeur, ils sont gentils. Ils ont toujours le sourire. Ils rigolent avec tout le monde. Ils te donnent toujours l’espoir ! » dit-elle.

Pour en savoir plus sur l’action de cette association:

www.restosducoeur.org

SANA – « Cette attention aux autres »

« La vie ne donne pas tout.» Sana le sait bien.

Tunisienne, elle s’est échouée en Italie il y a quelques années, en quête d’une vie meilleure… Puis elle est arrivée en France, il y a sept ans.
Une vie de souffrance, la peur au ventre, mais avec l’espoir d’offrir à ses trois enfants la liberté de choisir leur travail. De vivre leur vie dignement.

Aujourd’hui Sana et sa famille vivent dans un foyer d’hébergement. « Dieu merci ! » dit-elle, n’oubliant pas ces mois de galère à vivre dans une caravane, ou logée chez des personnes en l’échange de services incessants.

Pourtant, pour ses enfants c’est la honte : « Maman, tu ne dis pas que j’habite dans un foyer ! » lui supplie son fils de 10 ans, à la sortie de l’école. Pour elle, c’est comme un coup de couteau.

En attendant ses papiers pour pouvoir travailler en France, ils vivent difficilement, grâce à des chèques services. Mais Sana reste déterminée :« Je suis venue en France pour améliorer ma vie. Je veux travailler. Je ne veux pas que l’Etat m’aide. Je suis jeune. J’ai la force : Je peux travailler.»

Sa demande de carte de séjour est maintenant dans les mains d’un avocat, suite à un refus qu’elle a reçu, il y a quelques mois. Dévastée et épuisée de cette longue attente, Sana continue malgré tout de se battre : « Quand je vois mes enfants, je sais qu’il faut que je sois forte. Quelquefois les larmes sortent toutes seules, même devant eux… Mais vite vite, je recule et je fais quelque chose d’autre, pour sentir que je suis courageuse. »

Sana est aujourd’hui en procédure de divorce : « J’ai résisté 21 années de mariage » dit-elle. « Mais mon mari est un bloc de pierre, je suis fatiguée. »

Pourtant, dans toutes ces difficultés, Sana a trouvé quelque chose… une petite pépite. Serait-ce finalement un cadeau de la vie ?

«Avant, je ne me défendais pas. Si quelqu’un m’insultait ou n’était pas respectueux avec moi, je ne disais rien. J’étais un peu timide… pas un peu… même 80% timide ! » rit-elle. Puis elle continue : « Petit à petit, j’ai trouvé le courage de répondre. Je suis mieux que la première personne, qui était quelqu’un qu’on attaque, qui pleurait cachée. J’ai trouvé la liberté. Comme un prisonnier sorti de sa prison. Je peux exprimer mes sentiments !»

Maintenant Sana aide ses voisins, ou les parents de l’école dans laquelle est scolarisé son fils. Certains ne parlent pas le français, alors elle les accompagne à leur rendez-vous avec le directeur, ou lors d’un rendez-vous de docteur, pour les aider à comprendre, et à se faire comprendre.

« Je suis contente quand j’aide quelqu’un. » dit-elle, le cœur grand ouvert. « J’aime soutenir les familles. Je veux participer à leur douleur, à leur souffrance, pour chercher une solution… ou même trouver des mots qui les aident, qui les encouragent ».

Et jusque dans ses prières, Sana à cette incroyable attention pour les autres :

« Quand tu crois en Dieu, tu lui demandes tout » confit-elle : « Mon Dieu, s’il vous plaît, aidez-moi ! Protégez mes enfants ! Aidez-moi à aider cette famille ! Donnez-moi la force de chercher une solution pour cette famille ! »


« Quelquefois tu trouves la solution en une heure ou deux » dit-elle… « Quelquefois, il faut attendre des années… »

Mais Sana le sait. Elle trouvera le moyen de changer cette vie.

Dans l’école primaire où le fils de Sana est scolarisé, un lieu d’accueil a été mis en place pour les parents. Sana a pu y tisser des liens conviviaux avec d’autres parents, ainsi qu’avec des professionnels de l’éducation. Elle y a trouvé du soutien et des clefs pour accompagner au mieux ses enfants dans leur vie et dans leur scolarité.
A l’heure où l’école tend à creuser les inégalités, ce type d’initiatives favorise la réussite scolaire de tous les enfants, même des plus défavorisés.
Le collectif Mille et un Territoires réunit 17 associations, qui se mobilisent ainsi pour renforcer les liens entre l’école et la famille.


Pour en savoir plus sur le collectif Mille et un Territoires : https://www.1001territoires.fr/

DEBORAH – « Malgré les tempêtes… »

Deborah. Jeune femme de 27 ans. Force de vie malgré les tempêtes.

« Je suis une personne lambda » dit-elle « qui essaie de vivre, ou de survivre, de se sortir un peu de ce schéma continuel de misère et de pauvreté. »

Deborah. Enfant placée à l’âge de 7 mois pour maltraitance. Ballottée de foyers en familles d’accueil jusqu’à l’âge de ses 18 ans. Puis livrée à elle-même pour « fêter » son passage à la majorité. « Deborah tu es adulte maintenant, débrouille-toi ! Trouve un emploi, un logement, tu as deux mois… Et sinon c’est la rue ! »

Deborah a fait ce qu’elle a pu. Elle a eu peur souvent. Où allait-elle dormir ? Qu’allait-elle manger ? Mais elle a mené sa vie. « J’ai toujours réussi à essayer de m’en sortir, à essayer de relever la tête malgré tout. ».

N’a-t-elle pas raison Deborah ? Essayer, n’est-ce pas déjà un peu réussir ?

Certes, elle n’a pas toujours fait les bons choix. Elle le sait. Elle s’est trompée souvent. Sur les autres surtout. Combien de fois a-t-elle été déçue ?

Elle qui s’est fait battre par des gens qu’elle aimait…

Elle continue pourtant de chercher cette paix intérieure dont on lui a parlé… cette « douceur dans le cœur » … Elle aussi elle en veut ! … mais son quotidien de galère la rattrape trop souvent. « La paix intérieure… c’est le combat de toute une vie » me confie-t-elle.

Alors, quand il faut se battre pour atteindre la paix, on aimerait pouvoir lui donner toutes les armes.

Deborah a deux enfants. Deux filles. Deux petits rayons de soleil. Ouvertes sur le monde. Prêtes à croquer la vie. Et pour ses filles, jamais elle ne baissera les bras. D’ailleurs, on lui dit souvent qu’elle est courageuse ! « Alors c’est possible que ce soit vrai » rit-elle !

Rayonnante Deborah ! Joyeuse ! Drôle !

Et quand c’est difficile, elle se ressource auprès de ses enfants… ou de ses amies, qui comptent tant pour elles… « Et puis j’avoue y a Netflix aussi ! » lâche-t-elle dans un rire.

« Quand t’as des problèmes, t’as tendance à être centré sur ce qui t’arrive. Mais finalement on n’a qu’une vie… Pour essayer de garder cette joie de vivre qu’on a en nous. Ou essayer de la trouver ! »

Deborah, des claques tu en as trop reçues. Et tu nous en donnes une aujourd’hui. Mais une bonne claque : Leçon de vie !

Merci !

L’écho des veilleurs tient à saluer l’action de l’association ATD Quart Monde, qui est en lien avec Deborah depuis plusieurs années. 

Avec ATD Quart Monde, elle a notamment participé au Festival des Arts et des Savoirs, afin de favoriser les talents de chacun dans un quartier où les conditions de vie sont difficiles. Elle a aussi pu rencontrer des familles Roms, en animant des temps de jeux pour les enfants, et en proposant des temps de partage avec les parents. 

« C’est une des meilleures périodes de ma vie ! (…) Souvent on a des à priori sur les gens, parce qu’ils ne sont pas de la même classe sociale que nous, qu’ils ne viennent pas du même endroit, qu’ils ne vivent pas pareil que nous… Mais en les rencontrant, on se rend compte qu’en fait ce sont des gens en or!  » témoigne Deborah.

Pour soutenir ATD Quart Monde ou en savoir plus sur l’action de cette association :

https://www.atd-quartmonde.fr/

atd