PASCALE – « Au-delà de tout »

Pascale a 67 ans. Elle aime la vie. Elle aime cuisiner, chanter. Faire plaisir aux autres en somme. Donner d’elle-même !

Donner, oui. Jusqu’à accueillir chez elle sa petite sœur trisomique, et s’occuper d’elle jour et nuit, depuis la mort de leurs parents il y a 7 ans. Oui, simplement aider. Être là pour les autres. Jusqu’à s’oublier elle-même parfois.

Dans sa petite maison HLM de l’Île d’Yeu, avec la charge de sa sœur handicapée, elle retrouve pourtant un peu de calme et de détente, après une vie bien mouvementée… Une vie de courage face aux difficultés… Fuir un mari violent avec deux jeunes enfants, ne pas savoir où aller. Mener une vie de débrouille, de squats en expulsions, de petits boulots en accidents de la vie…
Mère courage. Sœur courage. Elle n’a jamais cessé de se battre.

Bien sûr elle le sait, elle n’a pu supporter ces années de galère que grâce à l’Amour qu’elle a pu recevoir dans sa vie. Notamment de sa petite sœur handicapée. Et de ses enfants bien sûr, le moteur essentiel de sa vie !
Elles sont là ses ressources ! L’Amour… De sa famille. De la nature…

Alors, maintenant, Pascale se laisse un peu profiter de la vie :
S’occuper de son jardin. Admirer un instant une petite araignée rose… « Une toute petite araignée, rose-rose, un petit triangle, avec des gros yeux. Toute petite au milieu des herbes, mais si jolie. » Elle, qui pourtant a toujours été arachnophobe, peut aujourd’hui tomber en admiration devant des araignées extraordinaires…
Saviez-vous qu’à la peur, nous pouvions répondre l’émerveillement?

Oui, émerveillée Pascale ! Et passionnée ! De couture, de bricolage, de dessin, de plantes… Elle aime faire de ses mains, simplement. Et avec tout son cœur.

Quand à la question de sa place dans la société, elle répond en riant : « Moi je suis heureuse de chanter ! C’est agréable ! Ca m’enlève tout le stress. Et en plus ça peut apporter de la joie aux autres ! Et ça c’est important de pouvoir apporter de la joie aux autres ! »

Plus jeune, Pascale a chanté dans les bistrots Parisiens, pour se faire trois sous. Cela n’a pas toujours marché. Parfois elle est tombée sur des patrons ou des clients peu corrects. Elle a souvent donné sans rien recevoir en retour. Mais elle a tant aimé chanter pour les autres !

C’est vrai, dans sa vie elle ne s’est pas toujours entourée de douceur. « Mais j’aime la nature humaine » confie-t-elle, « et même si j’en connais les côtés les plus sombres, j’ai toujours espoir. »

Voilà. Donner et aimer. Au-delà de tout.
Car pour Pascale, le reste importe peu… L’Amour. Toujours l’Amour !

Pascale tient à remercier « Chocolat », ce monsieur qui l’a aidé en lui donnant 5 francs lorsqu’elle s’est retrouvée à la rue avec ses enfants, au début des années 90.
Pascale le connaissait, car lorsqu’elle était comptable, elle participait à la distribution de repas pour des personnes en situation de précarité avec l’association Ramasse Miettes. Chocolat était un homme sans abri qu’elle avait rencontré là-bas.
Lorsque plusieurs mois plus tard, elle l’a recroisé par hasard dans la rue, alors qu’elle n’avait plus de logement ni de travail, il a souhaité lui donner tout ce qu’il avait.

LÆTITIA – « Une voix s’élève »

Il y a des voix qui s’élèvent et qui veulent compter. Celle de Lætitia en est une.

Lætitia a 42 ans, 3 enfants, et 290 euros par mois pour vivre. Ou plutôt survivre. Alors elle a décidé de parler : « Il faut que ceux qui sont dans la précarité soient entendus, écoutés. » clame-t-elle.

Pourtant, lorsqu’elle était enfant, Lætitia ne parlait pas. Pas du tout. Jusqu’à l’âge de ses 9 ans, elle n’était que silence : Motus et bouche cousue. Elle raconte que tous les professionnels de l’éducation, ne sachant que faire d’elle, voulaient alors la mettre en IME* (établissement accueillant des enfants atteints de handicap mental ou présentant une déficience intellectuelle). Mais sa mère, convaincue que sa fille n’avait rien à faire là-bas, s’est battue pour qu’elle n’y aille pas. Pour qu’elle s’en sorte. Contre toute attente, c’est à 9 ans que Lætitia a commencé à parler. Loin de son père violent. Hébergée avec sa mère et sa sœur dans une résidence pour femmes battues, la parole a pu se libérer. Enfin.

Lætitia ne se taira plus. Une soif de justice et d’égalité, la pousse aujourd’hui à se confier sur sa vie difficile, mais toujours entourée de l’Amour de sa maman et de sa sœur. Une vie précaire, certes, mais où l’on ne baisse pas les bras.

Alors, Lætitia se souvient. Au primaire, elle est orientée dans une classe « perfectionnement » avant d’intégrer la SEGPA* (classe accueillant les jeunes présentant des difficultés scolaires importantes). Elle y trouve sa place grâce à une maîtresse compréhensive, qui avance au rythme de ses élèves. « Des fois je faisais mes exercices de mathématiques en trois jours, parce que j’y arrivais pas. » avoue Lætitia. Mais elle se souvient encore de cette maîtresse si patiente, si juste, et qui lui a permis de se sentir fière de chacune de ses réussites, malgré les difficultés.

Et cela fera partie de ses convictions ensuite : Laisser les jeunes s’en sortir par eux-mêmes. Leur faire confiance. Les accompagner oui, mais ne pas faire à leur place. C’est ce qui a construit Lætitia.

Depuis, à force de travail et de persévérance, elle a obtenu plusieurs diplômes : son CAP Hébergement, son CAP Employée familiale, son titre professionnel de Gouvernante, mais elle n’a pas le bac, regrette-t-elle. « Si, j’ai deux bacs d’évier !» glisse-t-elle avec humour. Mais avec ceux-là, comment accéder aux postes dont elle rêve ?

Car Lætitia voudrait travailler dans l’accompagnement des jeunes qui sortent de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) : Ces enfants qui se retrouvent à l’âge de 18 ans, à la porte de leur foyer ou de leur famille d’accueil, souvent sans famille pour les aider. Pour Lætitia, cette situation est simplement inconcevable. Impossible. Elle le sait, car ses deux premiers enfants, ses jumeaux, ont eux-mêmes été placés, presque jusqu’à leur majorité. Et à 18 ans, c’est chez leur mère qu’ils sont revenus. Malgré sa précarité, elle les a accueillie bien sûr, mettant fin au déchirement qu’avait été ce placement pour elle. Et malgré son manque de moyens évident, elle a aussi hébergé deux jeunes amis de ses enfants, eux aussi sortant de l’ASE, et sans hébergement. « Je n’aime pas voir un jeune comme ça, à la rue. C’est pas possible ! » C’est alors elle qui leur fait découvrir les APL, la Sécurité Sociale, le compte AMELI, ou la rédaction de CV… Si elle n’a rien d’une spécialiste, elle se met simplement à leur hauteur, pousse les portes avec eux, et tente de les orienter, au mieux. Telle une mère pour ses enfants…

Si Lætitia garde un souvenir amer de son expérience avec l’Aide Sociale à l’Enfance, elle se souvient de cette période comme d’un moment fondateur : Oui, elle est capable de s’occuper de ses enfants ! La violence du placement guérit petit à petit, et elle essaie de rattraper avec eux le temps perdu…

Mais son plus jeune fils, Steven, vit actuellement chez son père, dont elle est séparée : « Financièrement je peux pas garder Steven. J’ai le projet qu’il revienne, mais c’est compliqué. »
Pour Lætitia, cette situation financière gâche la vie de famille. « Pour les 20 ans de mes enfants, j’ai pas acheté quelque chose, parce que je pouvais pas. Pour l’anniversaire de Steven, pareil. Je me suis mis avec ma sœur. J’ai pas pu ! … On dit que l’argent ne fait pas le bonheur ? Un petit peu quand même ! L’argent fait un peu le bonheur parce qu’on peut gâter un peu nos enfants… » Car Lætitia le sait : Y a-t-il plus grand bonheur que de rendre les autres heureux ?

Mais malgré ces séparations subies, la famille de Lætitia est une famille unie, et elle est maintenant grand-mère ! Elle accueille chez elle son fils, sa copine, et leur petit bébé de 4 mois à peine, le temps qu’ils trouvent un logement à eux.
« Ma famille, mes enfants, mes amis, ils sont ma bulle de force » confie-t-elle, déterminée à avancer, et à trouver des solutions malgré tous ses malheurs.

De retards de loyer en risque d’expulsion, de problèmes de santé en recherche d’emploi, d’aide alimentaire dérisoire en dossiers de la CAF complétés, re-complétés, re-re-complétés (Lætitia ne perçoit pas le RSA actuellement suite à un problème administratif), Lætitia sait maintenant ce que les difficultés lui ont apporté : « La volonté de faire ! De m’engager plus ! De changer tout ça !… Et je me dis qu’il faut que je me batte, que je suis pas toute seule ! Il y a d’autres familles qui sont comme moi ! »

Et de son témoignage intime ressort cette parole qui pourrait résonner, loin : « Les politiques ne vont pas dans les quartiers à haut risques, dans les taudis. Ils y vont pas… car il n’y a rien à voir… Mais si ! Il y a nous ! Les pauvres ! »

Alors oui, bien sûr, Lætitia sait que les injustices, les inégalités, « ça ne changera pas du jour au lendemain ! » Mais lucide, elle ajoute : « Mais si on ne fait rien, ça ne changera jamais ! »

Lætitia est engagée dans l’association ATD Quart Monde.
« ATD peut faire ce changement » dit-elle. « Si on est unit, si on travaille ensemble ! Là bas, on voit la réalité des choses, on voit la précarité. Et on arrive à rencontrer des professionnels, à expliquer nos problèmes. ATD c’est important parce que ça crée des liens, entre personnes de tous les milieux. »

Pour en savoir plus sur ATD Quart Monde :

www.atd-quartmonde.fr

DEBORAH – « Malgré les tempêtes… »

Deborah. Jeune femme de 27 ans. Force de vie malgré les tempêtes.

« Je suis une personne lambda » dit-elle « qui essaie de vivre, ou de survivre, de se sortir un peu de ce schéma continuel de misère et de pauvreté. »

Deborah. Enfant placée à l’âge de 7 mois pour maltraitance. Ballottée de foyers en familles d’accueil jusqu’à l’âge de ses 18 ans. Puis livrée à elle-même pour « fêter » son passage à la majorité. « Deborah tu es adulte maintenant, débrouille-toi ! Trouve un emploi, un logement, tu as deux mois… Et sinon c’est la rue ! »

Deborah a fait ce qu’elle a pu. Elle a eu peur souvent. Où allait-elle dormir ? Qu’allait-elle manger ? Mais elle a mené sa vie. « J’ai toujours réussi à essayer de m’en sortir, à essayer de relever la tête malgré tout. ».

N’a-t-elle pas raison Deborah ? Essayer, n’est-ce pas déjà un peu réussir ?

Certes, elle n’a pas toujours fait les bons choix. Elle le sait. Elle s’est trompée souvent. Sur les autres surtout. Combien de fois a-t-elle été déçue ?

Elle qui s’est fait battre par des gens qu’elle aimait…

Elle continue pourtant de chercher cette paix intérieure dont on lui a parlé… cette « douceur dans le cœur » … Elle aussi elle en veut ! … mais son quotidien de galère la rattrape trop souvent. « La paix intérieure… c’est le combat de toute une vie » me confie-t-elle.

Alors, quand il faut se battre pour atteindre la paix, on aimerait pouvoir lui donner toutes les armes.

Deborah a deux enfants. Deux filles. Deux petits rayons de soleil. Ouvertes sur le monde. Prêtes à croquer la vie. Et pour ses filles, jamais elle ne baissera les bras. D’ailleurs, on lui dit souvent qu’elle est courageuse ! « Alors c’est possible que ce soit vrai » rit-elle !

Rayonnante Deborah ! Joyeuse ! Drôle !

Et quand c’est difficile, elle se ressource auprès de ses enfants… ou de ses amies, qui comptent tant pour elles… « Et puis j’avoue y a Netflix aussi ! » lâche-t-elle dans un rire.

« Quand t’as des problèmes, t’as tendance à être centré sur ce qui t’arrive. Mais finalement on n’a qu’une vie… Pour essayer de garder cette joie de vivre qu’on a en nous. Ou essayer de la trouver ! »

Deborah, des claques tu en as trop reçues. Et tu nous en donnes une aujourd’hui. Mais une bonne claque : Leçon de vie !

Merci !

L’écho des veilleurs tient à saluer l’action de l’association ATD Quart Monde, qui est en lien avec Deborah depuis plusieurs années. 

Avec ATD Quart Monde, elle a notamment participé au Festival des Arts et des Savoirs, afin de favoriser les talents de chacun dans un quartier où les conditions de vie sont difficiles. Elle a aussi pu rencontrer des familles Roms, en animant des temps de jeux pour les enfants, et en proposant des temps de partage avec les parents. 

« C’est une des meilleures périodes de ma vie ! (…) Souvent on a des à priori sur les gens, parce qu’ils ne sont pas de la même classe sociale que nous, qu’ils ne viennent pas du même endroit, qu’ils ne vivent pas pareil que nous… Mais en les rencontrant, on se rend compte qu’en fait ce sont des gens en or!  » témoigne Deborah.

Pour soutenir ATD Quart Monde ou en savoir plus sur l’action de cette association :

https://www.atd-quartmonde.fr/

atd